05-11-2015

Allocution du président du Parlement panafricain et débat sur le plan urgent d’accès à l’électricité et à la lumière pour le continent africain

Première séance du mardi 03 novembre 2015

Allocution du président du Parlement panafricain et débat sur le plan urgent d’accès à l’électricité et à la lumière pour le continent africain

M. le président. L’ordre du jour appelle la présentation, par M. Roger Nkodo Dang, président du Parlement panafricain, de la recommandation adoptée le 7 octobre 2015 par le Parlement panafricain approuvant un plan urgent d’accès à l’électricité et à la lumière pour le continent africain.

Monsieur le président du Parlement panafricain, cher Roger Nkodo Dang, c’est avec un immense plaisir que nous vous accueillons aujourd’hui dans notre hémicycle. Au nom de tous les députés français, je vous souhaite la bienvenue à l’Assemblée nationale. (Applaudissements.)

Vous présidez depuis peu le Parlement d’une union régionale qui figure parmi les partenaires privilégiés de la France et de l’Europe, et porte la voix d’un immense continent, où se dessinent autant de défis que de promesses. C’est justement une question d’avenir cruciale que nous aborderons avec vous : celle de l’accès à l’électricité en Afrique, qui se situe à l’intersection des enjeux de développement et de transition énergétique.

Vous avez mis ce sujet à l’ordre du jour des questions parlementaires africaines, et participez ainsi de la mobilisation des institutions régionales et des chefs d’État et de gouvernements de l’Union africaine. C’est aussi, vous le savez, un sujet cher à Jean-Louis Borloo, qui lui a consacré une fondation – je le salue et le félicite pour son travail. (Applaudissements.)

À quelques semaines de l’ouverture de la COP 21, il nous est apparu essentiel de vous donner la parole et d’écouter, à travers vous, les préoccupations et les propositions des sociétés africaines.

La question de la lutte contre le dérèglement climatique se pose d’une manière tout à fait singulière sur votre continent. Alors que l’Afrique ne contribue que peu aux émissions de gaz à effet de serre, elle figure parmi les premières victimes de la hausse des températures mondiales, avec des conséquences tragiques pour l’agriculture, l’alimentation et le niveau de vie des populations exposées. L’urgence d’une action forte est palpable sur tout le continent.

Ce qui est réjouissant, c’est qu’il est possible, en Afrique, de conjuguer la lutte contre le changement climatique avec les impératifs du développement économique. Si on l’envisage sous le prisme des énergies renouvelables, l’électrification du continent est emblématique.

Le chantier est gigantesque. Au moment où nous parlons, seul un quart de la population africaine a accès à l’électricité ; 650 millions de personnes sont donc privées de ce que nous considérons, ici, comme un acquis et un droit, une condition pour accéder aux soins et à l’éducation, un prérequis pour la croissance et le développement humain. Si nous n’agissons pas, cette logique d’exclusion pourrait concerner plus de1 milliard de personnes en quelques décennies.

La marge de progrès est telle qu’elle invite à investir d’emblée dans les énergies renouvelables ou à inventer des modes de croissance efficaces et sobres en consommation d’énergie. Par sa géographie et son climat, l’Afrique dispose d’atouts considérables.

Elle peut, avec l’aide de ses partenaires publics et privés, prendre un temps d’avance et devenir un laboratoire pour de nouveaux modèles énergétiques, plus intelligents et décentralisés. Elle peut montrer au monde que la transition énergétique n’est ni un frein ni un fardeau, mais, au contraire, une formidable opportunité pour la croissance.

En cette année cruciale, la France n’est pas seulement, vis-à-vis de l’Afrique, l’hôte de la COP 21. Notre pays veut être l’avocat, en Europe et dans le monde, du développement durable de l’Afrique.

Nous le voulons, par amitié et par solidarité avec des pays frères, auxquels nous lient plusieurs siècles d’histoire et, pour beaucoup, une langue en partage.

Nous le voulons car, en tant que Français et en tant qu’Européens, nous avons la conscience de nos destins liés. Seuls une mer et quelques kilomètres nous séparent. Nos économies sont de plus en plus imbriquées et nos populations de plus en plus mélangées et interconnectées.

Cette relation intime qui existe entre nos deux continents est portée par des millions d’hommes et de femmes qui, chaque jour, par leurs activités professionnelles ou leurs trajectoires personnelles, assurent le renforcement et la longévité de notre amitié. Je rends un hommage appuyé à ces ambassadeurs du quotidien.

Monsieur le président, nos parlements doivent jouer leur rôle de stimulation et de proposition, d’orientation et de contrôle, d’éveil des consciences au sein des États et dans les sociétés. C’est ce qu’a fait le Parlement panafricain en adoptant, le 7 octobre dernier, une délibération de soutien au plan d’électrification de l’Afrique et quatre recommandations.

L’Assemblée nationale vous exprime, en vous accueillant, son soutien et ses encouragements. Elle manifeste aussi sa confiance dans la capacité de l’Afrique à se constituer en moteur et en modèle dans le monde énergétique nouveau qui s’ouvre.

Monsieur le président, c’est pour moi un honneur de vous donner la parole. (Applaudissements.)

M. Roger Nkodo Dang, président du Parlement panafricain. Monsieur le président de l’Assemblée nationale, monsieur le ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, mesdames, messieurs les parlementaires, permettez-moi, avant de commencer mon propos, de vous présenter la délégation qui m’accompagne. Il s’agit d’une délégation à 100 % africaine ; de l’Afrique de l’Est à l’Afrique du Nord, de l’Afrique centrale à l’Afrique de l’Ouest, les parlementaires panafricains ont fait massivement le déplacement pour venir témoigner de leur soutien inconditionnel au projet de Jean-Louis Borloo. Ils y travaillent au quotidien. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et applaudissent longuement.)

L’histoire se répète encore une fois ; c’est une nouvelle page de l’histoire de l’Afrique et de la France qui s’écrit aujourd’hui. Je m’en voudrais si je ne témoignais pas de ce que les problèmes de la France sont ceux de l’Afrique et les problèmes de l’Afrique sont ceux de la France.

Je m’en vais maintenant délivrer un message solennel ; les peuples africains sont venus ici pour témoigner de leur soutien inconditionnel à ce que demain l’histoire de l’Afrique sera faite.

C’est un grand honneur que ressent la délégation du Parlement panafricain, son bureau élargi, d’être devant vous, députés de la République française, et c’est avec une très forte émotion qu’en tant que président du Parlement panafricain, je m’exprime devant l’Assemblée nationale française. Permettez-moi de remercier M. le président de l’Assemblée nationale, ainsi que la Conférence des présidents, de nous avoir offert la possibilité de nous exprimer ici, dans ces locaux chargés d’histoire, pour essayer d’écrire ensemble, élus de France et élus d’Afrique, une page de l’histoire de nos peuples.

Le Parlement panafricain est un organe législatif de l’Union africaine, composé des 54 États membres de celle-ci. Chaque État y est représenté par cinq membres, dont au moins une femme, et conformément à la configuration politique de son Parlement. Il représente le milliard d’habitants que compte l’Afrique, les parlementaires panafricains étant des élus des différents parlements nationaux. Le Parlement panafricain est le Parlement des peuples africains, et c’est pourquoi sa devise est : « Une Afrique, une voix ».

L’article 17 de l’Acte constitutif de l’Union africaine, adopté le 11 juillet 2000 à Lomé, au Togo, dispose que le Parlement panafricain a été créé « en vue d’assurer la pleine participation des peuples africains au développement ». Le sens de mon expression devant vous est de délivrer cet après-midi le message unanime des Africains à la France, à l’Europe et au monde. Les éléments de cet appel solennel ont fait l’objet d’une recommandation votée le 7 octobre 2015 à Johannesburg à l’unanimité des parlementaires panafricains, toutes origines et sensibilités politiques, religieuses et ethniques confondues.

Pourquoi adresser un tel message à l’Assemblée nationale ? Parce que vous êtes des parlementaires et que nous sommes des parlementaires ; parce que vous êtes des représentants du peuple et que nous sommes des représentants du peuple ; parce que nous avons donc tous en commun d’avoir été mandatés par nos peuples respectifs pour garantir la préservation de leurs intérêts.

Pourquoi porter cet appel à l’Assemblée nationale de la République française ? En raison de nos liens d’amitié et de fraternité, de culture et d’histoire ; parce que des Africains ont versé leur sang et sont tombés au champ d’honneur pour sauver la patrie française (Applaudissements) ; parce que récemment des Français sont morts pour l’Afrique, face aux terroristes, et que d’autres, aujourd’hui encore, risquent leurs vies sur notre continent (Mêmes mouvements) ; parce que parmi les leçons que l’on peut tirer de l’histoire, il y a celle qui nous enseigne que les problèmes de la France sont ceux de l’Afrique, et que les problèmes de l’Afrique sont ceux de la France ; parce qu’au-delà de notre histoire commune, notre géographie nous rapproche ; parce que la France est un grand pays d’Europe ; parce que sa voix et sa diplomatie comptent et pèsent plus que sa taille ; parce que la France possède une grande et magnifique tradition des droits de l’homme et des valeurs universelles ; surtout, parce que l’Afrique est à un moment crucial et déterminant de son histoire : une partie de son avenir se joue maintenant – dans quelques jours, dans quelques semaines.

Les 11 et 12 novembre prochains aura lieu le sommet de La Valette, à Malte ; à l’initiative de la France, il réunira l’Europe et l’Afrique afin de tenter de saisir à la racine les enjeux gigantesques des grandes migrations dont nous ne sommes qu’à l’aube. De surcroît, la Conférence des parties des Nations unies, dite « COP 21 », se réunira ici, à Paris, à la fin de ce mois, sous la présidence de la France, ce qui confère à celle-ci un rôle tout particulier et déterminant de leadership.

Il est donc crucial pour les peuples africains que représente le Parlement panafricain de lancer aujourd’hui, par ma voix, cet appel solennel.

L’Afrique connaît un bouillonnement extraordinaire d’initiatives, de talents, de jeunesse ; dans le même temps, l’Afrique s’inquiète et, à certains égards, est en danger.

Sa jeunesse oscille entre espoir et révolte. Aujourd’hui, 75 % des Africains, soit 650 millions d’Africaines et d’Africains, n’ont pas accès à ce droit fondamental qu’est la lumière, l’électricité. Or, le droit à la lumière et à l’électricité pour tous est un nouveau droit de l’homme, un droit universel, car consubstantiel à l’exercice de tous les autres droits fondamentaux, notamment le droit à l’eau, le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à l’autosuffisance alimentaire, le droit à l’emploi, le droit à la sécurité, le droit à vivre en paix. Ce qui est vrai pour l’Afrique l’est également pour d’autres pays du monde, et c’est pourquoi cet appel est un appel pour le droit à lumière et à l’énergie pour tous dans le monde.

Nos enfants désespérés quittent des lieux sans lumière, sans énergie, sans activité, donc sans avenir, pour marcher vers l’énergie et la lumière, vers l’espoir, vers les grands ports des capitales, en Afrique, mais aussi hors d’Afrique. Avec 800 millions de portables, ce phénomène ne peut que s’accélérer et s’amplifier.

Oui, l’Afrique à 100 % électrifiée connaîtra une croissance à deux chiffres, une croissance soutenue et endogène pendant vingt ans.

Oui, cette croissance sera le relais évident de la vôtre. Un continent qui commence à s’équiper, qui voit se développer des classes moyennes et qui, de plus, connaît un passage de 1 à 2 milliards d’habitants en trente ans, est un dividende démographique qui permettra une croissance de proximité, notamment européenne, et plus particulièrement française. Nous sommes votre relais de croissance : aidez-nous à vous aider !

L’Afrique n’émet presque pas de gaz carbonique et est, de surcroît, un puits de carbone. Pourtant, elle est terriblement touchée, depuis plusieurs années déjà, par les conséquences du dérèglement climatique, que ce soit en région sèche – tel le lac Tchad, passé de 2,5 millions à 2 500 mètres cubes d’eau, phénomène extrêmement dangereux pour l’élevage et pour les peuples avoisinants –, ou en région très humide, comme le bassin du Congo.

Alors, oui, l’Afrique a besoin d’un plan qui touche à la fois à son développement et à sa croissance ! Elle a besoin d’un plan qui réduira ses migrations et qui lui permettra de s’adapter aux conséquences du dérèglement climatique.

Nous avons besoin de la France, nous avons besoin de l’Europe pour que l’Afrique soit électrifiée à 100 % – comme l’ont fait, à leur époque, les Amériques, l’Europe, la Chine et le Japon, et comme l’Inde est en train de réussir à le faire.

Nous sommes face à un paradoxe : l’Afrique a le plus gros potentiel du monde en énergies renouvelables, alors qu’elle a le plus grand retard en électricité. Des projets existent pourtant dans tous les pays d’Afrique, qu’ils soient solaires, éoliens, d’hydroélectricité, de biomasse ou de géothermie. Les raisons de cet état des choses ont été parfaitement étudiées et les réponses sont totalement claires. Je vous renvoie aux travaux de la fondation « Énergies pour l’Afrique ». L’énergie et la lumière pour tous est un défi vital pour vous comme pour nous, que nous vous demandons de nous aider à relever.

C’est un projet pour les Africains, fait par les Africains, et qui ne pourra se faire sans votre aide et votre coopération. Des projets d’électrification existent partout sur le continent ; il y a aussi les liquidités internationales pour les financer ; mais il manquait une organisation méthodique et unifiée pour les implanter. Eh bien, lors du sommet de Johannesburg, le 15 juin 2015, les chefs d’États et de gouvernements africains ont décidé, à l’unanimité, la création de cet instrument !

Il ne manque donc plus que les fonds propres. Ces jeunes nations – qui ont connu une multiplication par cinq de leur population depuis 1950 – n’ont pas les fonds propres nécessaires et sollicitent votre aide. C’est un peu la même chose qu’en 1947, lorsque les Américains ont apporté leur aide à l’Europe. Ce besoin de fonds propres s’élève à 5 milliards de dollars par an pendant dix ans pour toute la communauté internationale des pays développés, au profit d’un continent qui représentera – faut-il encore le rappeler – un quart de l’humanité dans trente ans.

Cinq milliards, c’est un chiffre dérisoire au regard de l’enjeu, au regard des enjeux. C’est un chiffre dérisoire au regard des éventuels et hypothétiques 100 milliards, confus, publics ou privés, qui sont toujours évoqués dans les conventions sur le climat et qui, en fin de compte, n’ont ni réalité ni affectation.

Cinq milliards, c’est un chiffre dérisoire mais qui doit être maintenant une réalité, avec des subventions annuellement garanties, automatiques, fermes, prévisibles et traçables.

Cinq milliards, c’est un chiffre dérisoire par rapport à l’immensité du défi et à ses conséquences : stabilité des pays et sécurité, réduction des migrations massives, contribution à la croissance européenne et mondiale, aide à l’adaptation aux conséquences du dérèglement climatique – qui sont déjà une réalité chez nous –, réalité d’un vivre-ensemble et d’un destin partagé. Certes, c’est dérisoire ; encore faut-il le faire !

Il faut, à Paris, un accord simple, robuste, automatique, garanti et rapide avec une mise en œuvre dès 2016 et une clé de répartition claire. Il faut évidemment que l’Afrique organise un instrument dédié et mette en place les systèmes d’évaluation et de contrôle adéquats. Nous sommes prêts !

Mais nous voulons aussi que cette contribution financière se réduise au fur et à mesure de la diminution des émissions de CO2 des pays contributeurs, sur la base d’un bonus-malus : les pays développés réduiront leurs contributions en fonction de la réduction de leurs émissions. Un tel plan, véritable plan de paix, permettra à l’Afrique d’être le premier continent soutenable de l’humanité. C’est parfaitement faisable, il n’y a plus de problème technique !

Pour y parvenir, il nous faut un accord clair, un accord objectif, un chef et les moyens adéquats. Grâce à un tel accord, l’Afrique pourra passer de 25 % à 100 % d’électricité en dix ans ; au vu des projets existants, on sait qu’une grande partie du chemin pourra être faite en trois ou quatre ans. C’est un projet aux efforts modestes et aux effets considérables !

Un bon accord à Paris tiendrait en deux pages. La première porterait sur les engagements de réduction des émissions des pays émetteurs de CO2 par an, au cours des vingt années à venir. La deuxième porterait sur la contribution et la clé de répartition, au profit des pays pauvres et victimes du dérèglement climatique, selon un processus vertueux de bonus-malus.

[…]

M. le président. La parole est à M. André Chassaigne, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

Débat sur le plan urgent d’accès à l’électricité et à la lumière pour le continent africain : André Chassaigne dénonce "le coût humain et environnemental de l’exploitation capitaliste des ressources naturelles". "L’Afrique a souffert et continue de souffrir de cette réalité, incarnée par l’attitude irresponsable des sociétés multinationales occidentales, y compris françaises, dont l’activité en Afrique repose sur l’exploitation à bas prix des richesses humaines et naturelles."

Posté par Les députés du Front de Gauche sur mardi 3 novembre 2015

M. André Chassaigne. Merci, monsieur le président du Parlement panafricain, de votre présentation devant notre assemblée du plan urgent d’accès à l’électricité pour le continent africain. À quelques semaines de la COP 21, nous tenons à saluer votre présence parmi nous, légitime et nécessaire, tant le continent africain et les peuples qui font sa richesse se trouvent particulièrement exposés aux effets dévastateurs du changement climatique.

Je tiens aussi à saluer la contribution de Jean-Louis Borloo et de la fondation « Énergies pour l’Afrique ».

Je veux d’abord souligner que la réussite de la conférence sur le climat en décembre à Paris dépendra de la manière dont l’opinion et les intérêts des peuples de la planète seront pris en considération.

Vous avez raison, monsieur le président, d’un côté, il revient aux peuples de s’approprier cette responsabilité impérieuse de lutter contre le réchauffement climatique et, de l’autre, les décisions prises en la matière devront être guidées par l’intérêt des peuples, qui se confond lui-même avec le respect de l’environnement et le principe du développement durable.

Face à l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne, et il est important d’entendre plus particulièrement la voix de l’Afrique.

En réalité, entre 70 % et 80 % de ces émissions sont le fait d’une quinzaine d’États membres du G20, c’est-à-dire des pays les plus développés, dont l’essor a reposé sur une consommation immodérée des énergies les plus polluantes. Ceux-là ont une responsabilité particulière, une double obligation, dirai-je. La première, c’est la réduction de leurs propres émissions de gaz à effet de serre. La seconde, c’est le respect des engagements pris en 2009 à l’égard des pays du Sud pour leur permettre de lutter contre le réchauffement climatique et de se développer de manière propre.

Nous avons la conviction qu’il existe des moyens d’enrayer rapidement et efficacement les inégalités. Nous avons aussi la conviction qu’il est possible d’amorcer un nouveau mode de production et de coopération, seul à même de satisfaire les droits humains, dont celui de l’accès à l’énergie.

Ainsi, une simple taxe sur les transactions financières servant à financer l’adaptation au changement climatique et l’aide à un développement respectueux de l’environnement pourrait, selon la Commission européenne, rapporter annuellement entre 24 et 30 milliards d’euros, sur la seule base des onze pays européens qui sont prêts à l’envisager. Une telle mesure, qui doit être généralisée, changerait déjà l’état des relations internationales. Elle montre aussi que des mécanismes de financement peuvent, avec la volonté politique, être mises en œuvre.

Par exemple, aussi, pourquoi ne pas fonder les relations commerciales et les échanges sur les conditions de production en favorisant celles qui respectent les engagements en faveur du climat ? L’Union européenne, puissance commerciale et normative, doit assumer sa part de responsabilité. Cela suppose aussi évidemment que la France, de son côté, accorde toute sa part à l’aide publique au développement.

L’énergie est une condition du développement, vous l’avez rappelé, monsieur le président. Cependant, vous l’avez également souligné, de la nature de cette énergie dépendra la qualité de ce développement, un développement qui se doit d’être responsable. Or nous ne saurions taire le coût humain et environnemental de l’exploitation capitaliste des ressources naturelles. L’Afrique a souffert et continue de souffrir de cette réalité, incarnée aujourd’hui par ces multinationales dont l’activité en Afrique repose sur l’exploitation à bas prix des richesses, humaines et naturelles.

Le 15 juin dernier, les chefs d’État et de gouvernement des cinquante-quatre pays de l’Union africaine ont approuvé le plan urgent d’accès à l’électricité et à la lumière pour le continent africain, qui vient de nous être présenté. Une urgence, cela a été dit par les intervenants précédents, une urgence au regard des millions d’Africains qui vivent sans électricité – 70 % de la population, 75 % avez-vous même dit, monsieur le président.

Pour les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, la recherche de tout projet de développement doit partir d’exigences impératives : du respect des souverainetés populaires, des coopérations mutuellement profitables entre les peuples et de la primauté des normes sociales et environnementales sur celles de la finance et du commerce. Seulement, alors, nous pourrons produire proprement, dans le respect de l’humanité et de la nature. Seulement, alors, nous pourrons mener à terme, monsieur le président, le plan d’urgence que vous nous avez présenté et que nous soutenons. (Applaudissements.)

Pour en savoir plus : André Chassaigne - AC

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