05-12-2005

Coutellerie COUZON : vente de l’activité négoce à une société hollandaise.

Cette coutellerie emblématique, fondée en 1947, employait il y a encore 10 ans, 700 salariés.

Déjà en 2001, l’effectif était ramené à 490 salariés. Fin juin de cette année, le plan de licenciement collectif remis au comité d’entreprise concernait 108 salariés sur les 231. Début juillet, 50 d’entre-eux avaient reçu leur lettre de licenciement. Suite à la déclaration de cessation de paiement de la coutellerie COUZON, le 7 septembre dernier, et après une interjection en cour d’appel du PDG, en examen pour banqueroute frauduleuse, le « démantèlement » de la coutellerie COUZON vient de commencer.

Rappelons qu’à la suite d’une délocalisation importante de la production en Chine, moins d’un tiers des articles restait réalisé en France. L’importante dérive vers une délocalisation de la production avait déjà modifié les missions des salariés, passés du stade d’ouvriers à celui de manutentionnaires.
Dans ces conditions, l’entreprise n’avait plus pour activité principale que le négoce. Une branche d’activité beaucoup plus restreinte avait cependant été maintenue pour une activité de fabrication haut de gamme et de sous-traitance en polissage.

C’est seulement en fait l’ « unité » de cette entreprise liée à son activité d’importation, et correspondant à 118 salariés, qui vient d’être vendue.
Alors qu’un certain nombre d’industriels locaux se manifestaient auprès du liquidateur, il apparaît qu’aucun ne s’est positionné sur cette activité de négoce : au final, une seule proposition a été déposée, celle du groupe AMEFA, négociant en coutellerie de table, avec une gamme de produits similaires.

L’acheteur est le groupe AMEFA, groupe Hollandais d’un effectif d’environ 200 personnes aujourd’hui, avec un CA environ 50 M€. Avec l’acquisition de cette unité de COUZON AMEFA vise une diversification de ses produits, en entrant dans les cafés, hôtels et restaurants et les grands magasins. Le nom « AMEFA » ne parle pas à la clientèle, et c’est donc le prestige du nom « COUZON » qui a motivé ce rachat.
De plus, le groupe AMEFA projette d’installer son « pôle logistique Europe du Sud » à Thiers.
Concernant l’effectif salarié, celui-ci sera réduit à 72 personnes, AMEFA prenant à sa charge les licenciements dans les mêmes condition d’indemnisation que les précédents salariés licenciés. L’engagement a été pris de maintenir cet effectif de 72 dans les années à venir.
Ainsi, sur les 121 salariés « repris », 49 d’entre-eux seront licenciés : je mesure la gravité de cette situation pour les personnes concernées et pour le bassin d’emploi.

Le Sous-Préfet, les représentants du Conseil Régional et du Conseil Général, le cabinet chargé de la cellule de reclassement, se sont rencontrés tout au long de ces semaines de procédures, audiences, et d’attente, en associant les représentants des salariés aux négociations.
Au final, c’est une aide ultime de la Région, à hauteur de 100 000 €, qui a permis de lever les derniers obstacles.

J’ai moi-même participé - ou me suis fait représenté - à certains de ces échanges, pour avoir une réelle visibilité de la situation au fur et à mesure de son évolution. Le but de ces échanges était de résoudre les difficultés rencontrées par les salariés dans la mise en place des différentes mesures d’indemnisation, et de réfléchir aux moyens qui devaient être mobilisés pour sauver un maximum d’emplois, même si ceux-ci devaient rester, malheureusement, au service d’une importation de coutellerie.

Je resterais néanmoins extrêmement vigilant quant à la politique de commercialisation et à la non dissimulation de l’origine de provenance des produits vendus. Cela me semble extrêmement important, d’autant plus qu’un groupe de travail, à l’aide des moyens mobilisés pour le contrat territorial du bassin thiernois, élabore une marque collective. Aussi est-il d’autant plus primordial que cette reprise de l’entreprise Couzon ne pénalise pas les entreprises attachées à une production thiernoise.

Il reste enfin une nouvelle étape à franchir, indispensable pour le maintien des emplois : la reprise de l’unité de fabrication. La prochaine cession doit donc concerner l’unité fabrication haut de gamme, pour laquelle des négociations sont d’ores et déjà en cours.
Aussi, j’encourage les entreprises de coutellerie locales à réfléchir, voire à se concerter, dans la perspective de conserver à Thiers une activité de luxe indissociable de notre passé.

Cette future vente pourrait maintenir une vingtaine d’emplois, mais il faut rester conscient de la difficulté à la conduire jusqu’au bout.

J’attacherai également toute mon attention à ce que la cellule de reclassement accompagne au mieux et individuellement chacun des salariés qui perdra son emploi, en particulier dans la recherche d’une formation permettant réellement de construire un parcours d’accès et de retour à l’emploi. Il y a vraiment urgence pour la mise en place d’une offre de formation détaillée et diversifiée sur le bassin de Thiers, à la hauteur des attentes légitimes des demandeurs d’emploi.

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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