02-09-2004

Crise des prix dans le secteur des fruits et légumes : mesures de soutien pour les producteurs

Monsieur André Chassaigne attire l’attention de Monsieur le ministre sur la crise des prix dans le secteur des fruits et légumes.

Chaque été, les producteurs de fruits et de légumes sont victimes de chutes brutales des prix de leurs produits. Les enseignes de la grande distribution, qui constituent souvent les seuls clients de ces agriculteurs, profitent de leur position sur ce marché pour imposer aux agriculteurs des prix bas, souvent inférieurs à leurs coûts de revient.

Les mesures transitoires et incitatives prises par le gouvernement n’amélioreront la situation financière de ces producteurs, au mieux, que pour le dernier tiers de la campagne d’été des fruits et légumes. Pour l’essentiel de cette campagne, le dommage est irréversible.

Aussi, aujourd’hui, la précarité de l’ensemble de la filière est aujourd’hui renforcée. De nouvelles exploitations menacent de disparaître.
En conséquence, monsieur André Chassaigne demande à Monsieur le Ministre s’il compte prendre des mesures, en urgence, de soutien à destination de ces producteurs fragilisés. Il lui demande notamment s’il envisage des mesures financières de rattrapage de trésorerie, qui pourront permettre à ces agriculteurs de faire face à leurs échéances.


REPONSE du Ministre :

Les producteurs de fruits et légumes traversent une crise importante caractérisée par la mévente et une forte diminution des prix à la production. Conscient de ces difficultés et de leurs conséquences, le ministère chargé de l’agriculture a multiplié au cours de cette période les contacts avec les représentants de ces professions afin d’envisager, avec eux, les moyens propres à sortir de cette crise. Au début du mois d’août, afin de favoriser la consommation de fruits et de légumes, les moyens du ministère de l’agriculture, de l’interprofession fruits et légumes et de la Commission européenne ont été mobilisés pour lancer une campagne de promotion générique des fruits et légumes. Le 25 août dernier, un accord interprofessionnel de l’ensemble des partenaires de la filière fruits et légumes a été signé permettant la publicité sur les prix hors des lieux de vente.

Cet accord est l’aboutissement de plusieurs semaines de négociations encouragées et suivies attentivement par les ministres de l’agriculture, de la pêche et des affaires rurales et le ministre délégué aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation. La mise en avant des fruits et des légumes dans les médias, avec indication des prix, est désormais permise et doit contribuer à animer les marchés en relayant des informations objectives, au plus près des consommateurs. En effet, l’article 441-2 du Code du commerce dans sa rédaction issue de la Loi du 15 mai 2001, relative aux nouvelles régulations économiques, régit ce type de publicité. Le 7 octobre dernier, à l’occasion du 48e Congrès national des producteurs de légumes le ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, a annoncé une série de mesures destinées à soutenir la filière des fruits et légumes : un crédit de dix millions d’euros est consacré à des aides directes de trésorerie sur la base de dotations attribuées aux Directions départementales de l’agriculture et de la forêt qui les répartiront selon la situation des exploitations et selon les priorités établies en lien avec les professionnels, à l’échelon départemental ; une enveloppe exceptionnelle de cinquante millions d’euros de prêts de consolidation permettra d’étaler sur cinq ans, à coût réduit, les échéances bancaires des producteurs de fruits et légumes en difficulté financière. Ces prêts à taux bonifiés bénéficieront d’un différé de remboursement d’un an. Cette disposition permettra d’assurer une « année blanche » en matière de remboursement d’emprunt bancaire.

Un crédit d’un million d’euros permettra un étalement des cotisations à la Mutualité Sociale Agricole et, dans les cas les plus graves, une prise en charge partielle de ces cotisations. Ces mesures conjoncturelles seront complétées par un plan d’actions structurantes doté de dix millions d’euros qui sera géré par l’Office national interprofessionnel de des fruits, des légumes et de l’horticulture (ONIFLHOR). Dans ce cadre, une priorité sera donnée à la modernisation de l’outil de production des exploitations serristes. Un effort est également consenti pour encourager les dynamiques commerciales et une meilleure intégration des producteurs non organisés à la politique de la filière.

Il a été jugé nécessaire de doter la filière d’un outil de communication spécifiquement dédié à la gestion de marché. Une mission interministérielle (agriculture, finances, emploi) sera chargée d’examiner les facteurs de distorsion de concurrence intra-européens, notamment sur le coût de la main d’œuvre et de formuler des propositions destinées à y porter remède. Plus généralement, les responsables professionnels ont été pleinement associés aux différentes problématiques inhérentes aux secteurs des fruits et légumes par le biais d’un audit dont les résultats leur ont été récemment présentés. Les conclusions opérationnelles doivent en être tirées sur trois volets principaux : la compétitivité de la filière, son organisation économique et la gestion des crises de marché. Pour ce faire l’ensemble des partenaires de la filière sera prochainement réuni afin d’élaborer un plan d’action global pour le secteur.

Au plan communautaire le gouvernement français a obtenu, en juin 2003, que la Commission européenne s’engage à étudier des mesures spécifiques pour faire face aux risques, aux crises et aux catastrophes naturelles à l’échelle nationale dans le domaine de l’agriculture. L’examen de la possibilité de financer ces mesures par le biais d’un point de pourcentage de modulation des aides directement redistribué aux États membres fait également partie des engagements pris par la Commission. Celle-ci doit présenter ses propositions très prochainement.

Pour en savoir plus : André Chassaigne

P.-S.

Question n° 46281 publiée au JO le : 07/09/2004
Réponse JO le : 11/01/2005

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