29-05-2013

Héritage du Conseil national de la Résistance

Questions au Gouvernement

Première séance du mardi 28 mai 2013

M. le président. L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.

Héritage du Conseil national de la Résistance


Héritage du Conseil National de la Résistance… par deputesCRCPG

M. le président. La parole est à M. André Chassaigne, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. André Chassaigne. Monsieur le Premier ministre, Les Jours heureux était le titre du programme du Conseil national de la Résistance,…

Un député UMP. Ça a bien changé !

M. André Chassaigne. …mais cette portée émancipatrice a été sérieusement mise à mal. C’est le résultat de plus de trente ans de politique élaborée sous la pression du capitalisme financier et sur fond de démission vis-à-vis de l’Europe libérale. La destruction méthodique du programme du Conseil national de la Résistance s’est accélérée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. (Vives exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Plusieurs députés UMP. Quelle honte !

M. André Chassaigne. Affichant son mépris pour les salariés en lutte, il s’est appliqué à faire céder les dernières digues contre l’injustice et l’insécurité sociales. (Mêmes mouvements.)

À l’heure où notre société souffre d’une crise qui frappe chaque jour de nouvelles familles, les Françaises et les Français veulent retrouver des motifs d’espérer. Ils attendent de leurs gouvernants courage et détermination pour les mettre à l’abri du besoin et en finir avec les angoisses du lendemain comme le proclamait devant cet hémicycle Ambroise Croizat, ministre communiste du travail, lors de la mise en place du plan de sécurité sociale.

La voie des jours heureux n’est pas celle de la loi, dite de sécurisation de l’emploi, qui précarise les salariés. La voie des jours heureux n’est pas celle non plus de la réforme annoncée de notre système de retraite et l’allongement des cotisations. La voie des jours heureux n’est pas davantage celle du renoncement au plafonnement des salaires des grands patrons.

Bien au contraire, toutes ces mesures vont à rebours de l’esprit qui animait le programme du Conseil national de la Résistance. Bien au contraire, la fidélité à ce programme et à ses valeurs impliquent de résister au diktat de l’argent. Le Gouvernement y est-il prêt pour renouer avec l’audace qui animait les artisans du programme du Conseil national de la Résistance, le programme des jours heureux ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Monsieur le président Chassaigne, vous rappelez un grand moment de l’histoire de la France, que le président de l’Assemblée nationale a tenu à saluer solennellement il y a quelques instants (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Il y a soixante-dix ans, le 27 mai, se tenait la première réunion du Conseil national de la Résistance, préparée avec ténacité et courage par Jean Moulin, devenu l’une des grandes figures qui honorent l’histoire de notre pays.

M. Franck Gilard. Et le général de Gaulle ?

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Se trouvaient réunis autour de la table, sous la présidence de Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, chef de la France libre, les représentants de tous les mouvements de résistance, les chefs des partis politiques engagés dans la Résistance et des organisations syndicales. Ces hommes, ces femmes, tous ceux qui, pendant les années sombres de l’Occupation, ont sauvé l’honneur de la France, pensaient à la libération et à la reconstruction du pays. Ils avaient un même idéal : tourner les pages affreuses de l’Occupation, les pages affreuses de la collaboration pour faire vivre concrètement les valeurs de la République et donner un espoir, une perspective, à la Nation française, celle de se retrouver autour d’un projet de reconstruction, mais aussi de progrès, de cohésion sociale et de solidarité nationale. Nous sommes les héritiers de cette œuvre-là. (Interruptions sur les bancs du groupe UMP.)

Monsieur Chassaigne, je ne me résigne pas à croire que cet héritage ait disparu. Il nous appartient, non pas de le contempler comme une relique que l’on aurait remisée dans un placard, mais comme le creuset de notre action, qui doit nous motiver pour engager toutes les réformes dont notre pays a besoin. Nous devons sauver le modèle social et républicain français tout en ayant le courage de le réformer parce que sinon, il disparaîtra. (Même mouvement sur les bancs du groupe UMP.)

M. Marc-Philippe Daubresse. Vous êtes mal partis !

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Nous voulons au contraire qu’il perdure et persiste car il est construit autour d’une idée fondamentale, celle de l’héritage républicain, de l’idée d’égalité, d’égalité des chances. Tout ce que nous entreprenons aujourd’hui va dans ce sens, qu’il s’agisse de la refondation de l’école, qu’une majorité a votée au Sénat, de la reconstruction de notre appareil productif (Exclamations continues sur les bancs du groupe UMP),…

M. Jean-François Lamour. C’est embrouillé, tout ça !

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. …des chantiers de l’avenir, de la cohésion sociale et territoriale, de l’avenir de notre système de retraite par répartition que nous devons réformer et sauver.

Si nous agissons ainsi, alors je vous le dis, mesdames et messieurs les députés, nous serons fidèles à l’esprit du Conseil national de la Résistance, car nous n’aurons pas renoncé et nous n’aurons pas accepté, comme on nous le demandait il y a quelques années, de démanteler méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) Ce programme, c’est celui de la majorité, du Gouvernement…

M. Philippe Meunier. Et les allocations familiales ?

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. …mais je suis sûr qu’il répond aussi aux préoccupations de la majorité du peuple français. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe SRC. – Vives exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Pour en savoir plus : André Chassaigne - AC

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