28-08-2006

Ivoire et population d’éléphants.

J’ai bien reçu copie du courrier que vous avez adressé au Président de la République, le 28 juillet dernier, lui demandant de proposer le reclassement de toutes les populations d’éléphants d’Afrique en Annexe I de la Convention de Washington (CITES). Vous sollicitez également mon soutien et mon intervention auprès du Président ou du Gouvernement pour demander que des mesures soient prises pour mettre un terme au massacre des éléphants.
Je partage votre crainte sur la préservation de cet animal mythique qui fait partie intégrante du patrimoine universel ; plus généralement, j’attache une grande importance à la sauvegarde de notre biodiversité.

Cependant, il me semble important de prendre en compte les métiers rares et leurs artisans, en particuliers ceux qui aujourd’hui contribuent à la restauration de notre patrimoine français. C’est le cas des artisans de l’Association « Les Grands Ateliers de France » qui est un cercle de qualité, créé en 1993. Parmi ces artisans, Francis MIGEON, exerce actuellement à Paris la profession rare de sculpteur sur ivoire, dans l’atelier créé en 1890 par Célestin Migeon. Le travail de l’atelier est partagé entre ses propres créations et la reproduction d’œuvres classiques d’une part, et d’autre part les travaux de restauration, pour lesquels conservateurs de châteaux et de musées s’adressent à lui : ainsi récemment, les boutons des tirants d’orgues de Versailles furent une magnifique réalisation, mais la plupart de ses clients sont des antiquaires ou des collectionneurs privés.
Aussi, bien que l’approvisionnement en ivoire brut soit assez restreint, les dispositions prises actuellement par le gouvernement permettent d’assurer la transmission d’un métier que l’on veut compatible avec la protection des éléphants.

Les conditions les plus importantes consistent à remédier aux lacunes en matière d’application et de contrôle. Ces défauts ont été identifiés par le panel d’experts de la CITES dans les trois pays d’Afrique et au Japon : l’appui et l’engagement des États concernés par l’aire de distribution de l’éléphant dans une coopération internationale pour l’application des lois ; et la création d’un système international de rapports et de contrôles afin de lutter contre la chasse et le commerce illégal des produits dérivés de l’éléphant. Le comité permanent de la CITES doit s’assurer que toutes les conditions ont bien été réunies, et mettre en place un système pour arrêter le commerce de l’ivoire et reclasser les populations d’éléphants de ces trois pays en annexe 1 si les conditions n’étaient pas respectées, ou si une recrudescence du braconnage d’éléphant était constatée due à la reprise du commerce.

Aujourd’hui le commerce international s’accompagne de « permis CITES » délivrés par l’administration qui vérifie que la moindre trace d’ivoire d’éléphant (ou d’écaille de tortue marine ou de palissandre de Rio pour ne citer qu’eux…) provient bien de stocks anciens et dûment déclarés dans les délais qui leur étaient impartis.

Ce qui est le cas pour les productions des artisans d’art en coutellerie, nombreux sur ma circonscription.

Le prochain sommet de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées aura lieu en 2007. Si un moratoire est décidé, cela remet en question la possibilité de travailler légalement ce matériau, le commerce des antiquités devra stopper, la restauration du mobilier des collections publiques et privées sera impossible, comme l’indiquait Marco Ciambelli, Délégué de la Confédération des Métiers et des Utilisateurs des Ressources de la Nature (COMURNAT), lors du sommet qui s’est tenu en octobre 2004 (cette confédération bénéficie, au titre des interventions culturelles d’intérêt national, de subventions. Elle représente la France à ces discussions. Elle connaît, explique et commente les réglementations).

Je souhaite, pour ma part, que le commerce de ce matériau soit réglementé afin de ne pas contribuer à la décimation des populations d’éléphants, mais aussi que les stocks « pré-convention » puissent continuer à être utilisés par les artisans d’art.

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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