08-09-2014

La leçon d’Oradour-sur-Glane

Oradour-sur-Glane… Comment, le 10 juin 1944, ce bourg si tranquille du Limousin a-t-il pu être la victime d’une telle barbarie ? Ou plus exactement comment des hommes ont-ils pu en arriver à une telle violence en massacrant toute une population ? C’est bien la question que se pose tout visiteur du village martyr ! Vendredi 5 septembre 2014, cette interrogation était au cœur des propos tenus par M. Robert Hébras, un des six rescapés du massacre, guidant un groupe d’adolescents allemands dans les rues du village.

Je les accompagnais avec la députée allemande de Berlin-Lichtenberg, Mme Gesine Lötzsch, membre de « Die Linke », et une militante emblématique de la mémoire de la Shoah et du combat contre l’oubli de la barbarie nazie : Mme Beate Klarsfeld.

Avec des mots pétris d’humanisme et une grande humilité, M. Robert Hébras nous a montré comment ce drame n’avait rien d’un coup de folie ou d’une action de rétorsion mal contrôlée. Bien au contraire, l’opération avait été décidée par une autorité légale, dûment préparée par des officiers allemands et la Milice française, et confiée à une unité militaire régulière, un bataillon de la sinistre Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS. Tout le déroulement des faits montre que l’opération avait été planifiée puis exécutée scrupuleusement par des soldats formatés par l’idéologie nazie pour agir dans la brutalité la plus extrême.

L’action devait être exemplaire par le massacre de l’ensemble de la population, pour ne pas laisser de témoins. La destruction par le feu de tous les cadavres et des habitations, après les avoir pillées, devait supprimer toutes traces de l’horreur du massacre. Aussi, à la découverte des ruines et du charnier, le 11 juin 1944 au matin, l’horreur était absolue : des centaines de corps carbonisés. 642 victimes réduites en cendre, dont 350 femmes et enfants enfermés dans l’église, la quasi-totalité non identifiables. Dans mon intervention devant les jeunes, au Centre de la mémoire, j’ai mis en évidence combien cette horreur était le résultat du mécanisme du nazisme, avec des soldats formatés pour éliminer au nom de la supériorité de leur race tout humain considéré comme un obstacle ou comme inférieur. J’ai souligné combien les idéologies fascistes, fondées sur la haine, le rejet de l’autre, le racisme et le xénophobisme mènent inéluctablement à de telles extrémités. C’est bien une logique idéologique qui a conduit au massacre d’Oradour ! Qu’elle soit d’inspiration politique ou religieuse, de quelque origine qu’elle soit, qu’elle soit visible ou rampante, c’est aujourd’hui une démarche comparable qui conduit à tant d’Oradour sur la planète. J’ai aussi rappelé que la première des vigilances, en France comme en Allemagne, et partout en Europe et dans le monde, est de lutter sans relâche contre l’affaiblissement des valeurs humanistes qui sont le premier rempart à la bestialité et son cortège d’horreurs.

Tout est dans la réplique, si forte et tellement d’actualité, du grand dramaturge allemand Bertolt Brecht : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ».


Dépôt de gerbe par deux adolescents allemands et Gesine Lötzsch au Tombeau des martyrs.

Les explications de M. Robert Hébras dans l’église d’Oradour, avec Mme Beate Klarsfeld, André Chassaigne et Mme Gesine Lötzsch.

Echange avec Mme Beate Klarsfeld et André Chassaigne

Au cœur du village dévasté

Pour en savoir plus : André Chassaigne - AC

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