12-01-2006

Protection du droit d’asile.

Madame,

Nous avons effectivement toutes les raisons de craindre de nouvelles restrictions au droit d’asile, cette année, du fait du dépôt d’un nouveau projet de loi relatif à l’immigration. Les règles existantes sont pourtant, déjà, vous le montrez bien, aussi restrictives qu’inhumaines.

Les députés communistes et républicains se battront évidemment, comme il se doit, contre ce projet lorsqu’il sera soumis à l’examen de notre Assemblée. Dans la continuité de notre bataille contre le projet de constitution européenne, le PCF mènera campagne, avec ses partenaires européens, contre tous les projets visant à faire de l’Europe une forteresse fermée aux migrations venues du reste du monde.

Mais vous le savez bien, cela ne suffira pas à arrêter, à court terme, le mouvement de régression démocratique dans lequel la France et l’Europe sont engagés depuis plus de vingt ans.
Vous le constatez comme moi : le climat politique est de plus en plus malsain ; les incessantes dérives, xénophobes et fascisantes, de l’aile dure de la majorité UMP, requièrent une vigilance de tous les instants. En outre, un certain nombre de dispositifs juridiques de protection des libertés publiques ne remplissent plus leur rôle : je pense notamment au conseil constitutionnel, qui s’est montré ces dernières années davantage attentif à la protection des privilèges patronaux qu’à la sauvegarde de nos droits fondamentaux.

Il fut un temps où les hommes et des femmes qui se battaient pour la liberté dans le monde savaient que la France pourrait leur offrir, à tout moment, l’asile nécessaire à leur survie comme à la poursuite de leur combat. Il fut même un temps où notre constitution, la constitution de 1793, proclamait que « tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité, est admis à l’exercice des Droits de citoyen français ».

L’inspiration du nouveau projet de loi Sarkozy sur l’immigration s’oppose radicalement à cet héritage : désormais, un bon immigré doit être rentable. Il faut donc ouvrir nos frontières à tous ceux qui serviront les intérêts de nos entreprises et les fermer pour les autres : le regroupement familial comme le droit d’asile sont donc promis à de nouvelles restrictions. Un tel programme, parce qu’il repose sur l’instrumentalisation complète de la personne humaine par l’appareil productif, fait froid dans le dos. Il tourne complètement le dos à l’idéal humaniste censé inspirer notre République.

Pourtant, de tels reculs idéologiques ne relèvent pas du hasard : nous faisons aujourd’hui les frais du délaissement, depuis trop d’années, par la gauche, de la bataille idéologique. La droite s’est engouffrée dans la brèche ; elle est parvenue à reconquérir un certain nombre de positions et à remettre en cause, insidieusement, beaucoup de principes que nous croyions définitivement consacrés. Résultat, la République cesse d’être un projet politique, elle se réduit à un ordre public.

Aussi, notre responsabilité consiste d’abord à relancer cette bataille idéologique. C’est le seul moyen dont nous disposons si l’on veut cesser de voir nos libertés publiques remises en cause en permanence, comme c’est le cas aujourd’hui. C’est bien sûr aussi à ce combat que je m’attelle dans mon activité quotidienne.

Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs comme mes meilleurs vœux pour cette année 2006.

André Chassaigne

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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