17-03-2013

Refondation de l’école : article 1er

Deuxième séance du mercredi 13 mars 2013

Refondation de l’école de la République

M. le président. L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République (nos 653, 767).

Article 1er et rapport annexé (suite)

Suite de la discussion d’un projet de loi d’orientation et de programmation

(…)

M. le président. La parole est à M. André Chassaigne.

M. André Chassaigne. En écoutant nos collègues de l’opposition, je n’ai pas été lassé, comme Mme Genevard, mais surpris, voire choqué. Je crois qu’ici nous sommes tous des experts en matière d’enseignement. La plupart d’entre nous ont sans doute été parents d’élèves ou le sont encore pour les plus jeunes ; certains ont été enseignants ; d’autres, comme mon collègue André Schneider et moi-même, principaux de collège. Je ne peux pas comprendre que l’on puisse honnêtement soutenir que les moyens accordés à l’éducation nationale n’ont aucun impact sur la réussite des élèves ! Cher collègue André Schneider, quand nous étions tous les deux principaux de collège, nous attendions au printemps ce courrier du rectorat nous annonçant la dotation horaire globale de notre établissement. Nous réunissions alors nos équipes pédagogiques pour étudier les résultats des élèves et nous nous interrogions sur ce que cette dotation horaire allait nous permettre de faire : maintenir des classes de trente élèves, voire plus ou opter pour des dédoublements. Nous menions cette réflexion en fonction des moyens qui nous étaient attribués et non pas pour le plaisir de dire que nous disposions de 300 ou 400 heures. Nous savions, en effet, que ces heures qui nous étaient accordées participeraient à la réussite des élèves.

M. Pascal Deguilhem. Eh oui !

M. Yves Durand, rapporteur. André Chassaigne a raison !

M. André Chassaigne. Comment pouvez-vous tenir de tels propos ? Où êtes-vous allés chercher que, pour certains pédagogues, le nombre d’élèves ne compte pas ? Vous pouvez sourire. Ce n’est pas seulement du bon sens, c’est une approche scientifique que je développe.

On peut certes faire de la politique mais, à un certain moment, il faut faire preuve d’une forme d’honnêteté intellectuelle. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SRC, écologiste et RRDP.)

M. le président. La parole est à M. Patrick Hetzel.

M. Patrick Hetzel. J’ai beaucoup de respect pour vous, monsieur Chassaigne,…

M. André Chassaigne. Je le mérite ! (Sourires.)

M. Patrick Hetzel. …mais vous devriez faire preuve de prudence. Les travaux d’experts dont nous parlons sont des travaux développés par l’OCDE, ce n’est pas simplement une invention de l’opposition.

Revenons-en à cette question cruciale des moyens pour l’éducation nationale.

J’ai cru comprendre que d’aucuns mettaient en doute le fait que, pour nous aussi, l’école primaire doit être considérée comme une priorité. C’est un point sur lequel nous sommes d’accord.

M. Vincent Peillon, ministre. Il va bien finir, ce débat ! (Sourires.)

M. Patrick Hetzel. Une fois que l’on a dit cela, il faut ensuite savoir comment l’on procède et, contrairement à vous, nous pensons qu’il y a sans doute d’autres moyens pour agir à l’intérieur de l’enveloppe du ministère de l’éducation nationale.

M. André Chassaigne. Je n’aurais pas aimé vous avoir comme recteur… (Sourires.)

Bien entendu, monsieur Hanotin, il y a des hommes et des femmes dans les lycées et, lorsque nous proposons de redéployer du lycée vers l’école primaire, nous parlons évidemment de postes et non pas de personnes, parce que nous avons évidemment aussi une très grande considération pour les personnes.

Le point clé, c’est que nous avons le souci de l’ensemble du pays. Or, le Président Hollande l’a dit lui-même, il n’y aura aucune création de postes de fonctionnaires durant le quinquennat. La priorité donnée à l’éducation nationale, avec 60 000 postes de fonctionnaires en plus, a donc pour corollaire la suppression de postes dans d’autres ministères.

M. Luc Belot. Faire des choix, c’est ça la politique !

M. Patrick Hetzel. Quand on regarde ce que cela représente dans les autres ministères, cela revient à y faire du deux sur trois.

Ce que nous souhaitons donc savoir, parce que nous avons besoin de cette information pour avoir une vision claire de ce vers quoi nous allons globalement dans ce pays, c’est le nombre de postes que vous allez supprimer et à quel endroit. Un sur deux, c’était déjà dur. Deux sur trois, ce sera évidemment extrêmement difficile.

(…)

(L’amendement n° 72 n’est pas adopté.)

(L’amendement n° 895 n’est pas adopté.)

(…)

M. le président. La parole est à M. André Chassaigne, pour s’adresser à M. le ministre ou à l’ensemble de ses collègues, mais pas à M. Apparu. (Sourires.)

M. André Chassaigne. Cela fait un peu plus de dix ans que je siège dans cette assemblée et ma culture littéraire a dû se dessécher un peu… C’est Boileau, je crois, qui disait : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. »

M. le président. « Et les mots pour le dire arrivent aisément », c’est bien lui.

M. André Chassaigne. J’ai un peu de mal à comprendre la phrase suivante : « En moyenne, il y a eu depuis vingt ans un professeur de plus pour douze élèves en moins. » Cela nous renvoie à Molière : « Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites. » (Sourires.)

Vous voulez évidemment dire que les moyens ont augmenté depuis vingt ans, et c’est vrai. Quand je suis devenu principal de collège en 1981, dans un petit collège rural, nous sortions à peine de l’époque des professeurs d’enseignement général de collège, sans professeur d’éducation physique, musique, technologie, ni nouvelles technologies, bien sûr. Il y a eu une évolution en termes de diversité et de qualité des enseignements. C’est une réalité, mais on ne va pas s’appuyer sur ce progrès pour préconiser ce que j’appellerais une forme de dé-civilisation, un retour en arrière !

En outre, nous savons tous que les élèves ont changé. La crise qui touche notre société depuis des décennies s’est répercutée sur eux. Nous le savons comme parents, comme grands-parents, comme enseignants ou chefs d’établissement… Les élèves sont de plus en plus difficiles au plan du comportement, ils rencontrent des difficultés d’acquisition des connaissances, et nous avons bien vu qu’il était nécessaire qu’ils soient moins nombreux dans les classes, que des dédoublements soient opérés, que l’enseignement soit plus individualisé. La crise a une répercussion sur l’école : les familles monoparentales, le chômage, la fracture sociale, l’angoisse et la souffrance qui existent dans les familles… Cela exige forcément des moyens supplémentaires. Si nous voulons résoudre les problèmes de la société, nous ne pouvons adopter une approche épicière, monsieur Apparu.

M. le président. Merci de conclure.

M. André Chassaigne. Victor Hugo disait : « Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison. » Pensons à cela.

(Les amendements identiques nos 822 et 1133 ne sont pas adoptés.)

(…)


Voir toutes les interventions des député-e-s du Front de Gauche sur ce texte ici.

Pour en savoir plus : André Chassaigne - AC

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