21-10-2009

Restitution de marbres à la Grèce


(photo : site du musée de l’acropole)

À propos du retour en Grèce de sculptures du Parthénon, détenues actuellement par le Louvre, André Chassaigne interroge Monsieur le Ministre de la Culture.

Alors que le Musée d’art de l’Acropole à Athène a été inauguré le 20 juin 2009 dans de nouveaux locaux, les amateurs de l’art grec regrettent que bon nombre des sculptures originales en marbres soient toujours disséminées dans plusieurs musées européens, comme le Louvre. En lieu et place de ces œuvres, sont présentés des moulages de plâtres qui font pâle figure.

Si cette dissémination a pu s’expliquer dans le passé par la nécessité de sauvegarder ces œuvres des ravages de la nature et des hommes, il serait souhaitable que ces sculptures réintègrent le site exceptionnel de l’Acropole.

Bien que le British Museum détienne la grande majorité des marbres, le Louvre possède 3 pièces : une métope, une plaque de frise et une tête de déesse. A l’instar d’un musée allemand, qui a accepté de rendre un fragment de marbre, il serait bienvenu que la France fasse à son tour un geste généreux à l’égard de la Grèce et de son patrimoine culturel exceptionnel.

La restitution de ces œuvres, demandée de longue date mais restée lettre morte, permettrait au Parthénon de retrouver son intégrité originelle, car il a été « conçu et réalisé comme un tout ».

Ce geste n’entamerait pas la richesse des collections du Louvre et marquerait d’une « pierre blanche » l’histoire de nos relations culturelles avec les héritiers de la Grèce antique.

André Chassaigne demande à Monsieur le Ministre son avis sur cette question et demande s’il compte engager une procédure de restitution à la Grèce de ces marbres originaires du Parthénon.

Réponse du ministre du 02/03/10 :

Les fragments de sculptures du Parthénon détenus par le musée du Louvre appartiennent aux collections des musées nationaux. Elles ont été acquises en toute légalité, dans le cadre des relations internationales en cours aux XVIIIe et XIXe siècles. Au travers des siècles, les œuvres ont ainsi circulé, créant une histoire culturelle partagée, et à vocation universelle. La plupart des grands musées nationaux ont pour ambition d’embrasser la variété des créations humaines dans un lieu unique de plaisir et d’éducation du public.

Le musée national archéologique d’Athènes présente aussi des œuvres en provenance d’autres pays, tels des marbres venant de Turquie ou de Bulgarie. Pour la France, la présence d’une partie de son patrimoine dans des musées étrangers participe de son rayonnement culturel et constitue un motif de fierté. Il n’est ainsi pas envisagé de demander, par exemple, la restitution des cloîtres médiévaux français présentés au musée des Cloisters à New-York. Restituer des biens des collections sur le seul critère de leur pays d’origine favoriserait un mécanisme de fermeture et de repli culturel, potentiellement dangereux car remettant en cause l’idée même du musée et sa dimension universelle.

Le droit international prend en compte ces enjeux ; le principe de non-rétroactivité prévu par la convention de l’Unesco de 1970 est ainsi destiné à assurer une sécurité juridique aux collections. La « déclaration sur l’importance et la valeur des musées universels », signée en décembre 2002 par le musée du Louvre et dix-neuf des plus grands musées mondiaux rappelle à ce propos : « Force est de reconnaître que les musées ne sont pas au service des habitants d’une seule nation, mais des citoyens de chacune.

Médiateurs du développement des cultures, ils ont pour mission de favoriser la connaissance grâce à un processus constant de réinterprétation, chaque objet participant à ce processus. Par là même, restreindre le champ des musées possédant des collections diverses et multiformes desservirait l’ensemble des visiteurs. » Aussi, pour le bénéfice de tous les publics, faut-il au contraire encourager une politique d’ouverture et le développement de coopérations scientifiques à travers l’organisation d’expositions, le partage de savoir et d’expérience ou l’envoi de moulages.

Le musée du Louvre s’y emploie à travers une politique internationale active : plusieurs expositions d’œuvres du Louvre sont ou seront organisées à Athènes - le Goût à la Grecque - comme à Paris - Macédoine d’Alexandre en 2011 -, des coopérations scientifiques tripartites avec la Grèce, associant l’École française d’Athènes et l’expertise des équipes du musée du Louvre, se déroulent à Delphes et Thasos et de nombreux prêts d’œuvres sont consentis.

Question n° 62320 publiée au JO du 27/10/09 _ Répponse publiée au JO le 02/03/10

Photo site officel de l’office du tourisme grec

Pour en savoir plus : Chassaigne

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