15-03-2007

Situation des salariés dans le secteur de la construction

Monsieur le Secrétaire,

J’ai bien reçu votre courrier du 14 février dans lequel vous m’interpellez sur la situation des salariés dans le secteur de la construction. Vous rappelez à juste titre les conditions de travail particulièrement pénibles pour les travailleurs de cette profession et qui conduisent à des taux d’accidents record, à une recrudescence des troubles musculo-squelettiques et à une espérance de vie inférieure de sept ans à celle d’un cadre.

Il est donc parfaitement évident que les métiers de la construction s’inscrivent dans la catégorie des travaux pour lesquels le PCF revendique depuis longtemps la retraite à 55 ans. Je soutiens donc sans réserves vos revendications, qui sont aussi les nôtres, et qui doivent être étendues à l’ensemble des métiers qui provoquent une usure précoce et des risques accrus de maladies professionnelles.

Malheureusement, à l’opposé de ces exigences, nous assistons, depuis une quinzaine d’années, à une succession de reculs qui remettent en cause le droit à la retraite et le système solidaire de répartition. Ainsi, les dernières lois Balladur en 1993 et Fillon en 2003 ont provoqué un allongement significatif de la durée de cotisation (42 années au lieu de 37,5), une réduction des pensions et une augmentation des prélèvements (CSG, RDS), sans pour autant que le déficit du régime général ne soit épongé.
Aujourd’hui, ce sont les régimes spéciaux qui sont dans le collimateur du gouvernement. Ces avancées ont pourtant servi de référence en tirant vers le haut l’ensemble du système de retraite. En fait, cette remise en cause des régimes spéciaux prépare un nouveau tour de vis pour le régime général avec la perspective d’un nouveau recul du niveau des pensions pour tout le monde.

Impulsée par les institutions européennes au nom de la réduction des déficits publics, cette orientation est relayée par le gouvernement au prétexte de l’allongement de la durée de vie et de l’augmentation du nombre de retraités. Or, pour ce qui me concerne, je considère qu’il est possible de restaurer un droit à la retraite pour tous en préservant les régimes spéciaux et en étendant le droit au départ dès 55 ans pour tous les métiers pénibles comme ceux de la construction.
En effet, les quatre points de PIB supplémentaires nécessaires pour financer les retraites d’ici 2040 sont, selon les estimations du « Comité d’Orientation des Retraites », largement assurés par la perspective évoquée par ce même comité d’un doublement des richesses créées.

Dans ces conditions, les lois Balladur et Fillon doivent être abrogées. Le droit à la retraite à 60 ans à taux plein, avec 37,5 années de cotisations doit être assuré et cela dans le cadre du système de répartition. Le montant de la pension doit être garanti à 75% du salaire brut moyen des dix meilleures années pour les salariés du privé. Une nouvelle réforme doit être mise en chantier, permettant de bénéficier d’une retraite à 55 ans pour les travaux pénibles et insalubres parmi lesquels les métiers de la construction.

Satisfaire ces revendications exige évidemment des recettes nouvelles qui ne peuvent en aucun cas être le fruit d’une augmentation de la CSG ou du RDS dont le produit est à 80% assuré par les salariés. Le courage politique n’est donc pas d’annoncer une nouvelle ponction dans la poche des salariés mais au contraire de mettre un terme à cette situation scandaleuse qui fait que les revenus financiers des grands groupes industriels et bancaires sont dispensés de cotisations sociales. C’est pourquoi, nous proposons qu’ils participent à l’effort de solidarité nationale en cotisant au même taux que les salariés. Quand on sait que ces revenus ont atteint la somme faramineuse de 224 milliards d’euros en 2005, chacun admettra qu’il y a là largement de quoi combler le déficit du régime général qui s’élève à 2,7 milliards d’euros !
Par ailleurs, une politique de lutte contre la précarité et de revalorisation des salaires permettrait également de dégager de nouvelles recettes pour payer les retraites. Enfin, je considère que l’allègement des charges patronales, qui ne peut que se justifier pour certaines PME victimes des donneurs d’ordres et de la concurrence, ne peut s’appliquer de façon unilatérale à toutes les entreprises. La perte de recettes, qui s’élève à 23 milliards pour une année, est une mesure catastrophique pour l’équilibre de la Sécurité sociale, d’autant plus que ces allègements ne permettent quasiment pas de créations d’emplois.

Vous aurez compris pour ce qui me concerne qu’il est tout à fait possible d’assurer l’équilibre financier de notre système de retraite en étendant le droit au départ à 55 ans pour tous les métiers pénibles.
Pour préserver nos retraites comme pour préserver notre système de santé ou d’éducation ou encore nos services publics, il faut faire un choix de société qui exige de donner une priorité à la satisfaction des besoins humains. Au delà de mon engagement en faveur des retraites, c’est ce que je m’efforce de faire avec mes collègue du groupe communiste et républicain à l’Assemblée Nationale.

Espérant avoir répondu avec suffisamment de précisions aux interrogations qui sont les vôtres, je vous prie, Monsieur le Secrétaire, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.


André Chassaigne

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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