02-02-2006

Taxation des compagnies pétrolières.

Madame, Monsieur,

Je tenais à répondre à la carte pétition que vous m’avez envoyée pour dire combien je partageais l’idée d’imposer une taxation exceptionnelle des bénéfices des compagnies pétrolières, et notamment de Total, seule grande compagnie pétrolière résidente en France. Je sais d’ailleurs que mes collègues communistes chargés de suivre les questions fiscales à l’Assemblée déposent assez régulièrement des amendements dans ce sens, sans être, hélas, très écoutés par la majorité parlementaire…

Total a fait neuf milliards d’euros de bénéfices en 2004 : avec une telle somme, cette entreprise aurait pu doubler les salaires de tous ses salariés… sans pour autant remettre en cause son caractère bénéficiaire ! Avec treize milliards pour 2005, Total atteint des sommets dont l’on sait déjà qu’ils ne serviront ni à la recherche d’alternatives au pétrole, ni à l’augmentation des salaires de ses ouvriers (Total est en train de fermer une usine dans les Alpes de Haute-Provence et pense à « restructurer » tout son secteur chimie), ni à limiter le déficit budgétaire de l’Etat (13 milliards représentent l’ensemble du « trou de la sécu » pour 2005 et un quart du déficit de l’Etat). Ces sommes vertigineuses ne serviront qu’à accroître les dividendes de ses actionnaires ou à alimenter la spéculation boursière (Total aime racheter ses propres actions pour en faire artificiellement monter le cours…).

C’est bien pourquoi une taxation exceptionnelle des entreprises pétrolières serait clairement d’intérêt général : leurs profits ne servent à rien, alors qu’il existe tant de moyens intelligents de dépenser ou de redistribuer cet argent injustement prélevé sur les consommateurs… C’est d’ailleurs aussi pourquoi je ne me contenterais pas d’un prélèvement « exceptionnel » de « seulement » 40% de leurs bénéfices !

Une taxation des entreprises pétrolières m’apparaît d’autant pertinente qu’il est aujourd’hui impératif, au vu de l’importance stratégique et écologique des questions énergétiques, d’orienter la recherche publique vers la découverte d’énergies renouvelables et respectueuses de l’environnement. Cet effort de recherche exige un effort de financement massif, à laquelle pourraient contribuer, évidemment, les compagnies pétrolières…

Les Anglais ont bien compris la pertinence de cette proposition : c’est pourquoi nous ne pouvons que regretter que tous les libéraux qui aiment vanter les mérites du modèle social anglais ne s’inspirent pas du fameux « pragmatisme » de Tony Blair sur cette question… Car, vous vous en doutez bien, le problème est bien que le gouvernement actuel, autant par dogmatisme idéologique que par ses accointances avec les dirigeants de Total, n’est pas prêt à instaurer une telle taxation exceptionnelle.

C’est pourquoi j’espère que la campagne d’UFC Que Choisir, que vous relayez, servira à faire concrètement avancer cette question.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


André CHASSAIGNE

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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