03-11-2009

Situation économique des bassins d’emploi de Thiers et d’Ambert

Le 16 octobre 2009

Monsieur le directeur,

Les dernières publications des chiffres du chômage pour août 2009 en Auvergne transmises par la Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP) et Pôle Emploi Auvergne, font état d’une situation qui ne cesse de s’aggraver.

Ainsi, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A progresse de 22, 7 % sur un an avec 47 652 inscrits fin août. Mais ce chiffre est porté à 73 839 en comptabilisant les catégories A, B et C. Tandis que les entrées à Pôle Emploi pour cause de licenciement économique progressent de façon spectaculaire au cours des derniers mois (+ 80,9 % pour le seul mois d’août), les offres d’emploi durables proposées par les entreprises ne cessent de reculer. Pour les bassins d’emploi de Thiers et d’Ambert, avec un taux de chômage déjà très élevé avant la crise (9,2 % fin septembre 2008 pour Thiers et 6,7 % pour Ambert), et un tissu industriel fortement impacté par la conjoncture économique, le bilan en matière d’emploi est encore plus dramatique. D’autant que ces éléments statistiques sont loin de traduire l’intégralité des situations de chômage et de précarité dans l’emploi avec notamment l’effet des conventions de reclassement personnalisées, et les sorties de Pôle Emploi pour défaut d’actualisation ou pour entrée en formation.

Si pour l’essentiel des grands groupes, la crise économique sert d’alibi aux restructurations et aux plans de licenciements, de très nombreuses PME régionales rencontrent des difficultés profondes et ont recours au chômage partiel puis aux licenciements.

Dans ce contexte économique très hétérogène, les éléments d’analyse économique et financière à la disposition des citoyens et des élus, à tous les échelons territoriaux, restent parcellaires et ne font pas apparaître de suivi dans le temps. Nous sommes bien loin de la volonté de « transparence » dans le financement de l’économie affichée par le chef de l’Etat à de nombreuses reprises au cours des derniers mois.

Pour appuyer mon propos, je ne peux que regretter le caractère discrétionnaire des réunions régulières du comité de suivi du financement de l’économie mis en place en octobre 2008 entre les responsables patronaux, les représentants des services de l’Etat, la Banque de France et le secteur bancaire. Bien peu d’éléments filtrent de ces échanges, alors que 360 milliards d’euros des contribuables sont mobilisés pour assurer la viabilité financière de l’ensemble du secteur bancaire privé au moins jusqu’à la fin de l’année 2010. Nous savons aujourd’hui que le secteur bancaire a massivement utilisé les garanties de l’Etat pour alimenter ses activités spéculatives sur les marchés financiers, plutôt que de servir son rôle premier de financement de l’activité économique.

Dans le même temps, je ne partage pas les affirmations selon lesquelles la situation du crédit aux sociétés non-financières serait en voie d’amélioration. Pour la première fois depuis la création de cet indicateur par la Banque de France, le montant global des crédits accordés aux entreprises et aux ménages est en repli depuis plusieurs mois consécutifs. Faut-il rappeler que le gouvernement tablait sur une progression de l’encours de 4 % pour l’année 2009 ?

En Auvergne, les dernières données issues des centralisations financières territoriales de la Banque de France montrent une stagnation de l’encours des crédits, quant dans le même temps la progression des encours de dépôts a été importante. Le différentiel entre ces deux chiffres, qui se situe autour de 5,4 milliards d’euros pour notre seule région, montre combien les moyens de financement sont à la portée des acteurs économiques. L’argent est bien dans les banques, mais malheureusement il n’en sort toujours que pour servir les logiques qui ont alimenté la crise actuelle ! A ce titre, les dirigeants de PME n’ont de cesse de dénoncer le durcissement des conditions d’accès au crédit, en particulier lorsqu’ils en ont le plus besoin et que les trésoreries sont exsangues.

Aussi, je tenais à vous faire part de mon inquiétude dans ce domaine. Certes, la succursale de la Banque de France de Thiers a fermé en 2005, mais le besoin de disposer d’éléments économiques et financiers plus précis relatifs au suivi de l’économie et des entreprises des deux bassins d’emploi de Thiers et d’Ambert demeure. En particulier, j’aimerais connaître plus précisément l’éventail des prestations proposées par vos services, et qui pourraient être utiles aux élus pour mieux appréhender la situation réelle du tissu économique local, et les besoins d’adaptation des politiques économiques, qu’elles soient portées par l’Etat ou les collectivités territoriales.

Je suis convaincu qu’il convient dès aujourd’hui d’engager ce travail de fond pour assurer un premier pas dans la recherche de réponses appropriées aux difficultés économiques et sociales que nous connaissons. Des initiatives allant dans le sens d’une collaboration étroite entre les services locaux de la Banque de France et différentes collectivités ont d’ailleurs déjà été prises au niveau national. Elles s’appuient notamment sur des suivis d’entreprises en difficultés, des études ou diagnostics sectoriels et territoriaux affinés…

Ne doutant pas de votre implication totale dans ce domaine, je reste à votre disposition pour pouvoir évaluer ensemble les différents outils d’analyse qui pourraient être utiles à tous.

En vous souhaitant la bienvenue dans notre département, je vous prie de croire, Monsieur le directeur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

André CHASSAIGNE

Pour en savoir plus : julien

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