20-05-2010

Réforme des retraites

Séance publique

2e séance du mercredi 19 mai 2010 - 15h

Question au Gouvernement

Réforme des retraites

M. le président. La parole est à M. André Chassaigne, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. André Chassaigne. Monsieur le ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique, le débat engagé sur les retraites est sans aucun doute le plus important de cette législature. Il donne l’occasion d’entendre de multiples propositions, avec des effets d’annonce tels que la mise à contribution des hauts revenus et des revenus du capital, envisagée sous la pression populaire. Mais avec seulement 2 milliards d’euros égratignés sur les profits, l’os à ronger est dérisoire. En vérité, une contribution des revenus financiers des entreprises à la même hauteur que la contribution versée par les salariés rapporterait dix fois plus aux caisses de retraite, soit 20 milliards d’euros.

M. Maxime Gremetz. Et voilà !

M. André Chassaigne. La question centrale est en effet celle du partage des richesses produites dans notre pays. Tout le reste est artifice, balivernes et faux-semblants.

En réclamant une retraite par capitalisation, le MEDEF ne s’y trompe pas. Il faut dire que Laurence Parisot est une connaisseuse : en dix-huit mois de crise, les actionnaires du CAC 40 ont réussi l’exploit de faire passer de 42 à 56 % leur part sur les profits de leur entreprise. C’est autant d’argent qui aurait pu aller aux retraites !

M. Patrick Roy. Eh oui !

M. André Chassaigne. Dans le même temps, 680 000 emplois ont été détruits : c’est encore autant d’argent perdu pour les cotisations de retraite.

Vous avez fait le choix de servir les marchés et de mieux rémunérer le capital. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe UMP.) Voilà pourquoi vous voulez repousser l’âge de la retraite et allonger la durée de cotisation. Vous savez bien que cet allongement, en généralisant les décotes, fera en réalité baisser les pensions.

J’ai donc deux questions à vous poser, monsieur le ministre. En premier lieu, allez-vous continuer à demander aux seuls salariés de financer les retraites ? Allez-vous répondre favorablement au MEDEF, qui veut s’ouvrir un nouveau marché avec des fonds de pension à la française ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

M. le président. La parole est à M. Éric Woerth, ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique.

M. Éric Woerth, ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique. Cessons, monsieur Chassaigne, d’inventer de prétendues bonnes raisons pour éviter les bonnes questions. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe GDR.) S’agissant de la réforme des retraites, la seule vraie question à laquelle il faut répondre est d’ordre démographique. Notre système de retraite est fondé, vous le savez bien, sur la solidarité entre les générations, c’est-à-dire sur la capacité d’une génération à assumer les besoins de la génération qui la précède. Tel est le patrimoine social de la France, patrimoine aujourd’hui mis en cause par la démographie.

Nous vivons plus longtemps, ce qui est une bonne nouvelle ; mais c’est la raison pour laquelle nous devons financer des retraites plus longues. Bref, c’est pour garantir notre système par répartition qu’il est nécessaire de résoudre le problème du financement.

M. Maxime Gremetz. Allons, arrêtez !

M. Éric Woerth, ministre du travail. Une fois relevé ce défi démographique – et, d’ailleurs démocratique –, il est possible, monsieur le député, de prévoir des recettes supplémentaires ; non par le matraquage fiscal ou l’augmentation générale et tous azimuts des impôts et des taxes (Exclamations sur les bancs du groupe GDR. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP), mais par des mesures ciblées. C’est précisément ce que nous proposons. En mettant, avec le Premier ministre et le Président de la République, le document d’orientation sur la table, nous avons clairement indiqué que l’augmentation des ressources était une voie que nous voulions emprunter ; mais nous ne pourrons le faire qu’après avoir répondu à la question démographique. Pour être au rendez-vous des retraites, monsieur le député, il faut être responsable. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP et sur quelques bancs du groupe NC. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe GDR.)

(fin de son intervention)

Pour en savoir plus : Site de l’A.N. - Séance publ.

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