14-10-2008

Dégradation de l’emploi en Auvergne

Le 4 septembre 2008

Monsieur Dominique SCHMITT
Préfet de Région

Objet : situation de l’emploi en Auvergne

Monsieur le Préfet,

Les dernières publications du ministère de l’Emploi du 30 juillet 2008 concernant le nombre de demandeurs d’emploi en France, ainsi que les premières données pour juin 2008 en Auvergne transmises par la Direction régionale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP), font état d’une situation préoccupante, où l’ensemble des indicateurs ont, selon sa propre interprétation, «  viré au rouge » au dernier trimestre.

En effet, au niveau national on enregistrait une hausse de 0,2 % du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 au mois de juin, et + 0,6 % en Auvergne. Sur un an la situation auvergnate semble s’être nettement dégradée avec une augmentation de 1,5 %, qui touche désormais toutes les catégories de demandeurs d’emploi qu’ils soient jeunes, adultes ou seniors. Par ailleurs en Auvergne, les offres d’emploi ont diminué de 5,7 % en un an tandis que les inscriptions à l’ANPE augmentaient significativement sur le dernière période. Au total, on comptait 35 514 demandeurs d’emploi de catégorie 1 en juin 2008 en données corrigées des variations saisonnières.

La DRTEFP Auvergne conclut d’ailleurs sa note en soulevant le fait que « malgré une résistance de l’activité industrielle régionale, l’évolution de l’emploi devient préoccupante en Auvergne qui est aujourd’hui (…) un des territoires qui décroche le plus par rapport à la moyenne nationale ».

Aussi, je tenais à vous faire part de mes plus vives inquiétudes quant à la dynamique économique régionale et à son impact sur la création d’emploi. Ne serait-il pas nécessaire de pouvoir dès aujourd’hui analyser les causes d’une telle situation afin de pouvoir jouer sur les déterminants permettant un retournement économique ?

D’autre part, ces éléments statistiques récents très défavorables pour notre région, et qui ne traduisent pour autant pas l’intégralité des situations de chômage et de précarité dans l’emploi, confirment la détérioration rapide de la conjoncture économique nationale.

Des signaux économiques majeurs comme le repli de la croissance, la perte de pouvoir d’achat, le recul de la consommation des ménages, le creusement de la balance commerciale, doivent interroger les responsables politiques actuellement au pouvoir sur la conduite à tenir.

En effet, comment ne pas voir dans cette évolution préoccupante et l’accélération qu’elle a connue ces dernières semaines, la conséquence des politiques économiques et sociales mises en œuvre depuis le début de la législature ? Le renvoi systématique des responsabilités à l’impact de la conjoncture internationale n’apporte guère de réponse concrète et vise à légitimer l’idée selon laquelle l’Etat ne possède pas de marges de manœuvre autonomes. Au contraire, je pense qu’une telle situation doit être marquée de l’empreinte de politiques publiques fortes de la part de l’Etat, en particulier vis à vis des revenus des salariés les plus modestes et des minima sociaux.

De plus, la nouvelle inflation législative, et l’adoption précipitée de textes auxquels je me suis parfois vivement opposé au cours des débats parlementaires – loi sur le pouvoir d’achat, loi de modernisation du marché du travail, loi de modernisation de l’économie, loi relative aux droits et aux devoirs des demandeurs d’emploi, loi portant réforme de la démocratie sociale et du temps de travail – se sont traduites par des reculs significatifs en matière de droits sociaux et économiques pour nos concitoyens. Un tel constat ne pouvait que se matérialiser par une dégradation soudaine des principaux indicateurs socio-économiques.

Aussi, je suis convaincu qu’il convient désormais à l’Etat de prendre toute la mesure de ces données inquiétantes, par une inflexion majeure des « contre-réformes » entreprises, se traduisant par une relance effective du pouvoir d’achat et de la consommation, et contrebalançant les mécanismes économiques à l’œuvre.

Dans l’attente d’échanges constructifs avec vous à ce sujet, et restant à votre disposition, je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, en l’expression de mes sentiments les meilleurs.

André CHASSAIGNE

Pour en savoir plus : Julien

Imprimer