21-09-2010

Réforme des retraites : discussion générale

Deuxième séance du mardi 14 septembre

Mme la présidente. La parole est à M. André Chassaigne. M. André Chassaigne. Je veux vous livrer le témoignage d’un salarié de l’agro-alimentaire qui explique quel est son travail.

Un exemple dans l’entreprise où je suis exploité, dit-il. Un poste : accrocheur de jambons. Nous sommes trois opérateurs. La cadence doit être de 360 porcs découpés à l’heure, deux jambons par porc, douze kilos en moyenne de jambon, ce qui fait par heure et par opérateur 2,885 tonnes de kilos de viande, placés sur balancelles. Chaque opérateur soulève ainsi 48 kilos de jambon par minute. Ce sont des faits réels et un exemple parmi des milliers d’autres, ajoute-t-il. Combien de temps peut résister une personne normalement constituée à de tels travaux ? Il ajoute : les sportifs de haut niveau dont l’effort physique est comparable finissent leur carrière vers trente-sept ans.

Avec une espérance de vie inférieure de sept ans à celle des cadres, les ouvriers dans leur ensemble enregistrent dans leur existence même les conséquences des formes d’usure engendrées par le travail. On entend dire qu’avoir quarante-cinq ans, c’est être dans la force de l’âge. Mais, dans l’agro-alimentaire, avoir cet âge est synonyme de douleur, souffrance, usure, troubles musculo-squelettiques, accidents de travail, maladies professionnelles. Cette souffrance devient chronique, insidieuse, elle accapare notre corps.

Il dit encore ceci : les temps du cycle de travail ont diminué ces dernières années pour se situer autour de la minute, voire de la seconde pour certains opérateurs à la chaîne. Les ergonomes et médecins du travail ont porté une attention particulière aux risques liés à la réduction du temps de cycle, à l’intensification du travail. Ainsi en est-il, dans mon usine, à la découpe primaire sur la ligne porc, là où nous scions et séparons les carcasses. Un coup de couteau égale une seconde, chaque poste ne pouvant dépasser huit secondes. Et dans ce temps de travail est intégré l’affilage du couteau, les contraintes de mobilité, les impondérables : viande dure, couteaux mal aiguisés, viande souillée à retirer du circuit pour cause sanitaire.

En jouant sur les efforts et les amplitudes posturales, le patronat vise constamment des gains de vitesse et des réductions de coûts. Pour répondre à ces exigences de performance, les gestuelles sont de plus en plus intégrées.

Je terminerai en citant une des phrases de son témoignage : si nous exigeons une reconnaissance de la pénibilité, ce n’est pas pour compenser les mauvaises conditions de travail que nous voulons voir améliorées, mais pour une réparation permettant à des salariés usés prématurément de profiter d’une retraite bien méritée. Mme la présidente. La parole est à M. le ministre du travail.

M. Éric Woerth, ministre du travail. J’ai récemment visité une entreprise de jambon où les travaux sont en effet particulièrement difficiles. Or cette entreprise a mis en place une équipe pluridisciplinaire comprenant notamment un médecin du travail et un ergonome. On a examiné de quelle manière étaient organisés les postes de travail ; on a limité la pénibilité liée à l’activité consistant à soulever des jambons toute la journée ; on a adapté le matériel et réorganisé les postes afin de réduire les troubles musculo-squelettiques. Voilà une bonne manière de réduire la pénibilité. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UMP.)

Mme la présidente. Le groupe GDR ne dispose plus que de quarante-cinq secondes exactement de temps de parole.

Mme Martine Billard. C’est bien précis, comme système !

Mme la présidente. La parole est à M. André Chassaigne.

M. André Chassaigne. Monsieur le ministre, vous venez de brosser un tableau qui ne correspond pas à la réalité.

M. Guy Teissier. Mais si !

M. André Chassaigne. Laissez-moi vous donner le nom de l’auteur du témoignage dont je vous ai fait part. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

Plusieurs députés du groupe de l’UMP. Non !

M. André Chassaigne. Il s’agit de Michel Le Goff, du groupe Bigard. À travers son récit, il s’est fait le porte-parole de tous ces ouvriers, tous ces salariés du secteur agroalimentaire qui vivent dans des conditions vraiment déplorables.

M. Denis Jacquat, rapporteur. Vos quarante-cinq secondes sont terminées !

M. André Chassaigne. Comme il l’explique, quand ces salariés parviennent à l’âge de quarante-cinq ans, ils sont déjà usés. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Denis Jacquat, rapporteur. C’est fini, votre temps de parole est épuisé !

M. André Chassaigne. Quant au respect de la législation, pour bien montrer à quel point vos propos sont déconnectés de la réalité, laissez-moi citer l’article L. 4121-1 du code du travail : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.

« Ces mesures comprennent :

« 1° Des actions de prévention des risques professionnels ;

« 2° Des actions d’information et de formation ;…

M. Denis Jacquat, rapporteur. Vous parlez depuis plusieurs minutes !

Mme la présidente. Je vous remercie, monsieur Chassaigne.

M. André Chassaigne. …3° La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés. »

Or cette loi n’est absolument pas appliquée. (Brouhaha sur les bancs du groupe UMP.) Les différentes jurisprudences le montrent bien. Dans la réalité, ces travailleurs souffrent.

Mme la présidente. Il est temps de conclure, mon cher collègue !

M. André Chassaigne. Ils peuvent aujourd’hui partir à l’âge de soixante ans (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), mais devraient partir demain à soixante-deux ans, et sans doute, même, à soixante-cinq ans…

Mme la présidente. Merci, monsieur Chassaigne. (Protestations sur les bancs du groupe GDR.)

M. André Chassaigne. Je n’ai pas terminé !

Mme la présidente. Le temps de parole du groupe GDR, donc le vôtre, monsieur Chassaigne, est épuisé.

Plusieurs députés du groupe GDR. Il n’a pas terminé !

M. Roland Muzeau. Ça ne marche pas !

M. Christian Hutin. C’est une honte !

Mme la présidente. Le temps de parole du groupe GDR est épuisé et seul votre président de groupe dispose, au moment où je vous parle, d’une heure et cinquante minutes, qu’il utilisera quand il le souhaitera. (Protestations sur les bancs du groupe GDR.)

Mme Martine Billard. Notre temps de parole est peut-être épuisé mais pas nous !

M. Maxime Gremetz. Qu’est-ce que ça veut dire, madame la présidente ? Qu’êtes-vous en train de faire ?

Mme la présidente. Calmez-vous, mes chers collègues. Il ne sert de rien de s’énerver. (Protestations continues sur les bancs du groupe GDR.) Au début de la séance, j’ai pris la peine de rappeler le temps de parole dont disposait chaque groupe. Il restait au groupe GDR exactement vingt-huit minutes. Vous avez donc épuisé votre temps de parole. (Mêmes mouvements.)

Votre président de groupe, j’y insiste, peut encore s’exprimer pendant exactement une heure et cinquante minutes. Le président Ayrault vient d’utiliser une heure pour son groupe. (Vives exclamations sur les bancs du groupe GDR.)

M. Maxime Gremetz. Il leur reste huit ou dix heures, à l’UMP ! Qu’ils se montrent donc généreux et nous en fassent profiter !

Mme la présidente. Cela ne sert à rien de rester debout, mes chers collègues.

M. Maxime Gremetz. Soyez démocrates, chers collègues de l’UMP ! (Protestations continues sur les bancs du groupe GDR.)

Mme la présidente. Personne n’entend ce que vous dites. Je vous propose de vous calmer, de respecter nos règles communes.

(Les amendements identiques nos 253 et 530 ne sont pas adoptés.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Decool, pour soutenir l’amendement n° 287.

M. Maxime Gremetz. Soyez démocrates !

Mme Martine Billard. Nous voulons travailler plus et mieux !

M. Jean-Pierre Decool. Il s’agit de prendre en compte l’accident de trajet qui est également un accident du travail.

Mme la présidente. Quel est l’avis de la commission ?

M. Denis Jacquat, rapporteur. La commission a estimé que le présent dispositif n’avait pas vocation à s’appliquer aux accidents de trajet et a donc repoussé cet amendement.

M. Marc Dolez. Ce règlement est un scandale !

Pour en savoir plus : les propositions des députés communistes, républicains et du parti de gauche

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