08-10-2009

La traite des éleveurs a assez duré !

La traite des éleveurs a assez duré !

Dès sa prise de fonction fin juin 2009, Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, déposait les armes devant la Commission européenne, en déclarant que la France n’entendait pas revenir sur la décision de suppression des quotas laitiers après 2015. Trois mois plus tard, sommés de faire profil bas ou de disparaître face à la plongée des prix du lait, les producteurs laitiers ont su réagir, et ont conduit le ministre à faire un tour d’Europe dans la précipitation pour convoquer un Conseil extraordinaire des ministres européen de l’agriculture chargé de prendre les mesures de régulation qui s’imposent ! Malheureusement, au lendemain de ce rendez-vous du 5 octobre, le message destiné aux agriculteurs mobilisés depuis trois mois est clair : « n’attendez rien de nous ! »

Le ministre suédois de l’agriculture, président en exercice du Conseil, veut « davantage de libéralisation du marché laitier » et souhaite « s’en tenir au bilan de santé ». Quant à la Commissaire Fischer-Boël, fidèle parmi les fidèles au dogme libéral, elle refuse « toute idée de hausse du prix du lait » et assure que le secteur devra « s’ajuster à un monde sans quotas ». Au final, pour marquer un peu de compassion, on annonce la création d’un « groupe d’experts de haut niveau » chargé de réfléchir à des propositions pour juin 2010 pour soutenir le secteur, mais aucune réponse de fond n’est apportée. L’ajustement dont il est question, c’est tout simplement une question de vie ou de mort pour des dizaines de milliers d’exploitations en France et en Europe. Alors que la survie de notre agriculture est en jeu, les libéraux entendent pousser toujours plus loin la dérégulation des marchés. Avec cette politique, ils souhaitent par dessus tout pouvoir éliminer un maximum d’exploitants, pour mieux livrer les structures restantes à la concurrence et aux fluctuations des cours du marché mondial.

Au niveau national, le gouvernement n’entend répondre aux revendications que par des mesures d’urgence insuffisantes, sans revenir sur sa lourde responsabilité pour avoir donné depuis 2007 les coudées franches aux industriels et aux distributeurs dans la fixation des prix à la production avec les lois de « développement de la concurrence au service du consommateur » et de « modernisation de l’économie ». Au-delà de la seule production laitière, c’est toute la production agricole qui est concernée, et plus particulièrement l’ensemble du secteur de l’élevage.

Pour éviter que les producteurs, et particulièrement les moins « compétitifs » au sens du marché, ne sombrent dans le gouffre qui se profile, une réponse politique courageuse s’impose : bien évidemment, pour faire face à l’urgence, le gouvernement doit d’abord répondre aux difficultés de trésorerie des exploitations pour les sauver de la faillite, mais surtout, il faut dès maintenant pousser fort l’exigence d’une juste rémunération du travail des producteurs. Des outils sont immédiatement à la disposition du ministre : instauration de prix minimums indicatifs rémunérateurs sur la base des conclusions de l’observatoire des prix, fixation par décret d’un coefficient multiplicateur qui prive la grande distribution de ses marges excessives. Au niveau européen, le prochain conseil agricole du 19 octobre doit prendre ses responsabilités et rompre avec la logique du tout marché en exigeant le maintien des quotas laitiers et des outils de stockage, et la fixation d’un prix indicatif européen pour le lait. La traite des producteurs laitiers a assez duré, il est temps de faire preuve d’humanité !

Pour en savoir plus : julien

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