03-10-2008

Sommet de l’élevage : lettre ouverte au ministre

LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE L’AGRICULTURE

Monsieur le Ministre,

A l’occasion de votre visite au sommet de l’élevage (à Cournon d’Auvergne - 63), nous souhaitons porter auprès de vous la voix de notre agriculture et de nos territoires de montagne, ainsi que notre soutien aux agriculteurs.

Nous voulons en premier lieu exprimer notre opposition aux propositions de la Commissaire européenne Mariann Fischer-Boel, très largement inspirées des attendus de l’OMC, de son dogme de la concurrence libre et non-faussée, du toujours moins de régulation des marchés, du toujours moins de soutien aux éleveurs des systèmes herbagers.

Mettre en concurrence les derniers éleveurs ovins du Massif-Central avec les « farmers » néo-zélandais, les éleveurs allaitants avec les productions d’Amérique du Sud, nous savons ce que cela donne depuis les années 1980 ! Mettre en concurrence des produits avec des normes environnementales, sanitaires, et de qualité aussi éloignées, nous savons tous que c’est la loi du moins-disant qui finit par l’emporter !

Sur nos territoires, les conséquences de cette politique se voient tous les jours : le nombre d’éleveurs ne cesse de reculer, les déséquilibres territoriaux et environnementaux s’aggravent, la dynamique socio-économique rurale se désagrège. Et tout cela est entretenu par la grande distribution qui met une pression toujours plus forte à la baisse des prix pour les producteurs, avec ses centrales d’achat auxquelles le gouvernement vient de donner les pleins pouvoirs par voie législative. Finir de libéraliser les marchés, c’est signer l’arrêt de mort pour l’élevage français, à l’heure où tout le monde souhaite consommer des productions locales et de qualité. Or, c’est bien aujourd’hui, Monsieur le Ministre, que se dessine avec la nouvelle PAC un choix crucial pour notre agriculture : laisser vivre ou laisser mourir nos exploitations.

Face à cette déferlante libérale, les éleveurs ont une colère légitime et font preuve de réactivité en proposant au contraire un juste rééquilibrage des aides, une véritable régulation des marchés, avec un premier pilier fort et rénové. Nous nous inscrivons pleinement dans cette analyse qui doit permettre de conforter nos systèmes de production et la présence agricole sur tous nos territoires.

Cela doit passer notamment par un soutien aux systèmes herbagers au sein du premier pilier qu’il faut renforcer : par des aides spécifiques à la production laitière et à la production ovine allaitante en zone de montagne, par le maintien du couplage de la PMTVA et ajustement de la PBC à celle-ci. Quant au régime des paiements uniques, il doit lui aussi être revu pour soutenir l’emploi et le revenu des exploitations. Cela pourrait passer par une survalorisation des DPU pour les premiers hectares.

Naturellement, le second pilier lié au développement rural doit lui aussi servir plus spécifiquement à compenser les handicaps inhérents aux territoires de montagne. A ce titre, nous souhaitons que soient renforcées les ICHN et soutenues l’installation et la modernisation des exploitations de montagne. Avec ces exigences, nous avons bien conscience d’être aux antipodes de la vision destructrice prônée par la Commission, visant à saper le rôle structurant du premier pilier en faisant mine de renforcer le second. Mais c’est que nous ne sommes pas dupes de ce jeu de passe-passe qui a pour seul objectif la libéralisation totale des marchés agricoles !

Les grands principes initiaux de la politique agricole communautaire méritent au contraire d’être réaffirmés : la souveraineté alimentaire et la préférence communautaire restent d’actualité. Plus que jamais, dans un contexte agricole et alimentaire mondial tendu, nous avons là des réponses appropriées et efficaces, garantes de notre autosuffisance et de notre sécurité alimentaire, du maintien des agriculteurs sur nos territoires et d’une vie rurale riche.

Bien évidemment, nous partageons les revendications essentielles que portent aujourd’hui les paysans du grand Massif-Central. Devant leurs difficultés, et leur détresse parfois, nous leur apportons dans l’exercice de nos mandats respectifs un soutien effectif : nous exprimons ainsi notre volonté que soit assurée une présence agricole dense sur nos territoires, avec des agriculteurs vivant de la juste rémunération de leur production. Cette double exigence nous conduit bien évidemment à nous opposer au développement d’une concurrence déloyale conduisant à solder les productions et à les exposer au racket de la grande distribution.

Voilà pourquoi, mettant en accord nos actes et nos paroles, nous ne cessons d’intervenir pour dénoncer les effets désastreux des politiques européennes et nationales conduites au détriment des intérêts de nos agriculteurs et de nos territoires ruraux. A plusieurs reprises ces derniers mois, par courriers et questions écrites, nous vous avons alerté, Monsieur le Ministre, sur les besoins de soutiens financiers urgents pour les éleveurs, sur la gestion catastrophique de la crise de la Fièvre Catarrhale Ovine, sur la situation dramatique de l’élevage ovin, sur les menaces pesant sur le régime fiscal spécifique des coopératives agricoles, sur l’avenir des prêts bonifiés à destination des CUMA, sur les contraintes excessives d’une écoconditionnalité qui pénalise d’abord les petites structures…

Nous souhaitons vous dire solennellement aujourd’hui que les réponses que vous nous avez apportées, et que vous apportez aux agriculteurs, ne sont pas suffisantes et ne traduisent pas une réelle volonté d’assurer des perspectives de long terme pour l’élevage du grand Massif-Central.

Pour sortir les agriculteurs de « l’ornière libérale », il nous apparaît urgent de revoir et de renforcer une politique agricole européenne dans le sens d’une agriculture à la fois productive, pour satisfaire les besoins des populations, mais aussi présente sur tous les territoires afin d’assurer, au-delà du simple entretien des espaces ruraux, une véritable dynamique socio-économique rurale.

Nous nous réjouissons à ce titre que les responsables des organisations professionnelles agricoles, dans leur diversité, s’opposent désormais de façon quasi unanime à une politique dénuée de toute logique au regard des enjeux alimentaires mondiaux, et expriment leur profond désaccord face à ce qu’il convient de qualifier de visions de « courte-vue ». Pour notre part, dans nos assemblées respectives, nous continuerons à porter avec énergie la voix de notre agriculture.

Avec l’expression nos salutations respectueuses, vous pouvez, Monsieur le Ministre, être assuré de notre détermination.

André CHASSAIGNE Député du Puy-de-Dôme

Eric DUBOURGNOUX Président du Groupe Communiste Conseil Régional d’Auvergne

Pour en savoir plus : Eric DUBOURGNOUX

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