01-06-2022

Allocution prononcée lors de la Journée Nationale de la Résistance au Rempart contre l’Oubli à Sauviat - 27 mai 2022

En cette journée nationale de la Résistance, date de la première réunion du Conseil National de la Résistance organisée le 27 mai 1943 autour de Jean Moulin, nous saluons l’action et le sacrifice de ces hommes et femmes qui ont fait que l’histoire ne bascule pas dans l’abominable et s’ouvre au contraire sur les « Jours Heureux ».

Ces femmes et des hommes, la plupart très jeunes, étaient issus du peuple, notre peuple qu’ils ont ainsi fait grandir.

Bien au-delà de leur sensibilité politique, de leur origine sociale ou croyance religieuse, quels que soient leur peau, leur accent ou leurs habits rapiécés, dans la somme de leurs diverses appartenances, ils ont su donner du sens à ces beaux vers d’Aragon dans « La rose et le réséda » :

« Quand les blés sont sous la grêle.

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat ».

Non parce qu’ils étaient hommes et femmes de violence, mais parce que face aux horreurs de la guerre, ils étaient tournés vers l’autre, vers le bien, le meilleur pour les êtres humains. Ils ont ainsi assumé les valeurs de l’émancipation humaine. Ils l’ont fait avec un courage, une intelligence et une détermination qui appellent le total respect.

Beaucoup ont donné leur vie. D’autres ont connu les prisons et la torture. D’autres la marche du train qui allait les expédier dans les camps de la mort.

Oui, nous leur devons beaucoup et peut-être tout, tant on ne sait jamais comment et où l’Histoire peut basculer dans le pire. Nous leur devons d’avoir gardé allumée la flamme de la République française quand elle n’était plus elle-même.

Ils ont été l’honneur de la nation quand des élites trahissaient et souillaient le drapeau tricolore en l’exposant aux frontons des institutions vichystes.

Bien sûr, nous pouvons dire qu’ils n’ont fait rien de plus que sauver notre belle France, celle de la liberté. Dire que leur engagement était naturel. Et pourtant ! Si le Puy-de-Dôme a résisté en moyenne trois fois plus que l’ensemble de la France, le nombre total des résistants a été évalué à seulement 200 ou 300 000 maximum.

Pour autant, cela ne signifiait pas que ceux qui restaient immobiles ne sentaient pas leurs chaînes.

Mais il en fallait du courage pour s’affronter au nazisme, pour le faire tomber. Libérer la France. Sortir la liberté de sa cage.

L’entrée en résistance était le plus élevé, le plus exigeant, le plus pur des engagements au service de nos valeurs. Voilà pourquoi nous nous devons de rester dignes d’eux.

Modestement, nous y participons aujourd’hui.

Nous y participons dans le sillage des associations qui nous honorent en ce jour de leur présence, au côté des personnalités dont l’engagement est aussi permanent que remarquable, et grâce à la détermination de celles et ceux qui ont organisé cette belle manifestation.

A nous tous ici d’être à la hauteur de celles et ceux qui nous ont évité le pire : la nuit noire permanente du nazisme. Nous leur devons de poursuivre leur œuvre pour la justice, la liberté, l’émancipation humaine.

Dans le temps troublés que nous connaissons aujourd’hui, troublés idéologiquement et militairement, nous devons apprendre de l’Histoire. Apprendre avec un objectif, que les citoyens se lèvent pour refuser l’inacceptable : la haine, le racisme, la négation de l’être humain, l’écrasement du plus faible par le plus fort.

Parce que l’Histoire est faite de graines. « Les graines sont invisibles, écrivait St-Exupéry dans le Petit Prince. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie à l’une d’elles de se réveiller ».

En ces jours où la sécheresse morale tend à se développer, ne craignons pas, comme nous le faisons aujourd’hui, d’arroser ces bonnes graines pour qu’elles germent au plus vite.

Si certains ont trouvé la force de se battre, au péril de leur vie, contre ce qui est très largement reconnu comme l’une des plus grands atrocités de l’Histoire humaine, nous aussi, dans des conditions totalement différentes, nous devons trouver la force de nous engager.

La mémoire de ces combattants pousse chacun d’entre nous à assumer ses responsabilités. Nos responsabilités face à l’Histoire et face au monde, face aussi à la terrible actualité de tant de guerres dans le monde, pour que la barbarie ne renaisse pas et pour que l’humanité s’unisse autour des valeurs de solidarité, de fraternité et de paix.

Ce que traduisait si bien Jean Jaurès :

« Oui, comme l’histoire a donné le dernier mot à la République si souvent bafouée et piétinée, elle donnera le dernier mot à la paix, si souvent raillée par les hommes et le choses, si souvent piétinée par la fureur des événements et des passions ».

Tel est le sens de cette journée de la Résistance enfin instaurée par la loi du 19 juillet 2013, après que nous en ayons porté collectivement la proposition pendant tant d’années.

Tel est le sens de notre rassemblement d’aujourd’hui.

Pour en savoir plus : André Chassaigne - JB

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