11-06-2004

Politique énergitique : nucléaire et nouvelles énergies

Au moment du vote de la loi d’orientation pour l’énergie au Parlement, vous avez bien voulu me solliciter pour exprimer votre refus de toute relance du nucléaire civil, et notamment votre opposition à la construction du premier réacteur à eau pressurisée (EPR) en France.

Je tenais en conséquence à vous exprimer ma position sur le sujet.

Tout d’abord, il me paraît absolument capital que la politique énergétique du pays soit contrôlée, sinon par les Français directement, au moins par l’Etat. L’énergie est une question bien trop importante pour être laissée à des spéculateurs privés, dont l’avidité n’égale que l’irresponsabilité. A ce titre, le cadre de notre politique énergétique me paraît presque aussi important que les orientations mêmes de cette politique énergétique. C’est bien pourquoi la privatisation d’EDF est absolument inacceptable.

Sur la question spécifique de l’EPR, je ne partage pas votre position. En effet, le parc nucléaire actuel de notre pays est vieillissant. Il assure pourtant jusqu’à 80% de notre production d’électricité. Le prolongement indéfini de nos centrales nucléaires serait, pour des raisons de sécurité, véritablement problématique. Et tout amène à penser qu’à l’horizon 2010-2015, nous serons confrontés à une crise de sous-production d’électricité, qui ne pourrait être qu’amplifiée par la faiblesse de la production d’électricité chez nos principaux partenaires européens.

C’est bien pourquoi la construction d’un réacteur à eau pressurisée me paraît inévitable.

En effet, une sortie du nucléaire nous obligerait soit à importer notre électricité (comme devra le faire l’Allemagne) soit à relancer la production d’électricité à partir des ressources fossiles (gaz notamment), ce qui augmenterait le rejet de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Au vu de la gravité du réchauffement climatique actuel comme de la croissance des besoins énergétiques des pays émergents, cette hypothèse est tout bonnement aberrante.
Mais si le court terme nous amène à relancer le nucléaire, il ne doit en aucun cas nous amener à négliger la recherche et le développement d’énergies renouvelables. C’est là la principale carence du projet de loi d’orientation pour l’énergie.
Ainsi, le projet de loi d’orientation du gouvernement ne comporte aucun programme ambitieux de rénovation thermique de l’habitat ancien, rien de conséquent sur les transports, aucune mesure précise pour la mise en place du ferroutage.

Aujourd’hui, la consommation d’énergie est assurée à 80 % par des ressources fossiles en voie d’épuisement. En l’état actuel des connaissances, les experts situent l’épuisement du pétrole d’ici à quarante ans. Nous consommons rapidement des matières énergétiques qui se sont constituées pendant des milliards d’années. Désormais, nous devons anticiper la fin du pétrole et bousculer nos comportements.
C’est bien pourquoi il est vital d’encourager la recherche scientifique d’énergies alternatives.

A cet égard, les investissements financiers réalisés par EDF pour racheter ses concurrents étrangers, ou, bientôt, pour rassasier ses actionnaires, seraient bien mieux employées dans la recherche.
Cette recherche publique devrait d’abord viser à trouver une solution au problème des déchets nucléaires. Mais elle doit surtout s’orienter vers le développement d’énergies renouvelables, peu coûteuses et adaptées aux besoins de chaque région. Enfin, les efforts pour une meilleure maîtrise de l’énergie devraient être relancés. Ce n’est pas en sacrifiant les crédits de l’ADEME, comme le fait le gouvernement, que nous pourrons avancer dans ce domaine…
Aussi, je juge absolument primordial d’encourager le développement de l’énergie solaire, de la biomasse, ou encore de sources d’énergie totalement nouvelles : j’ai par exemple entendu parler qu’aux Etats-Unis, des chercheurs travaillaient sur des bactéries, qui, en consommant des déchets, seraient capables de produire de l’hydrogène ! J’ignore si ce projet est sérieux, mais il serait quand même souhaitable que des chercheurs français puissent aussi travailler sur des sujets aussi pointus.

Je ne suis pas certain de vous avoir convaincu… mais je n’en suis pas moins persuadé de l’utilité de ces échanges d’idées.

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