19-05-2003

Projet de réforme des retraites

J’ai reçu plusieurs courriers des habitants de ma circonscription, m’informant de leurs positions sur le projet de réforme des retraites du gouvernement Raffarin.

Je suis moi-même scandalisé par le contenu de ce projet et plus encore par les mensonges répétés avec aplomb de Messieurs Raffarin et Fillon sur leur projet de réforme.

Ils affirment ainsi vouloir sauver le système de retraite par répartition durement conquis par les salariés et leurs syndicats à la Libération et réformer les régimes de retraite des agents publics dans le sens de l’équité avec les salariés du secteur privé. Raffarin déclare aussi que « la rue ne gouverne pas » ; mais il prouve chaque jour que ce sont aujourd’hui le patronat et les amis de Monsieur Seillière qui nous gouvernent.

Le projet de Fillon va réduire considérablement, dans l’avenir, le montant de nos pensions. En effet, il est évident que peu de salariés pourront remplir les conditions draconiennes qui seront nécessaires pour avoir droit à une retraite « pleine ». Plutôt que de partir à la retraite à 65 ans, beaucoup partiront plus tôt, avec donc des retraites largement amputées. C’est d’autant plus vrai que beaucoup de salariés proches de la retraite sont licenciés par leurs employeurs ou sont intégrés dans des programmes de préretraite.

Comme, en outre, le montant des pensions est indexé depuis la réforme Balladur sur les prix et pas sur les salaires (qui augmentent normalement plus vite que les prix), la réforme Fillon va conduire à une forte baisse du pouvoir d’achat des retraites et donc, à terme, à un appauvrissement réel des retraités. C’est inacceptable.

Cet appauvrissement général des retraités risque d’être encore plus virulent pour les femmes, qui, parce qu’elles ont souvent arrêté momentanément de travailler pour élever leurs enfants, ont souvent des carrières incomplètes. Mais aussi pour les chômeurs, les travailleurs précaires, tous ceux qui ne pourront jamais cotiser pendant 42 ans… Ce sont toujours les populations les plus fragiles qui paieront les conséquences de la politique de la droite. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement refuse d’accorder aux salariés payés au SMIC un taux de remplacement pour leurs retraites de 100%.

Le gouvernement justifie aussi son projet de réforme par des questions d’équité. Cette soi-disante équité entre agents publics et salariés privés justifierait donc un nivellement par le bas des pensions de tous les salariés. En opposant les salariés les uns contre les autres, le gouvernement tente, avec l’appui de la communauté médiatique, d’empêcher la constitution d’un front unique d’action contre sa politique. La démonstration de force des syndicats, le 13 mai dernier, montre que beaucoup de salariés refusent cette logique rétrograde.

La logique du projet de la droite est claire : en réduisant significativement le taux de remplacement des pensions et en diminuant le pouvoir d’achat des retraités, le gouvernement veut simplement pousser les salariés à cotiser à des fonds de pension. Malgré la débâcle boursière des deux dernières années, les compagnies d’assurance et les forces libérales n’ont pas renoncé à leur souhait de voir instituer des fonds de pension en France. Déjà les cotisations individuelles à des contrats d’assurance vie sont défiscalisées afin d’inciter les salariés à souscrire à ces contrats.

Et donc non seulement le gouvernement veut placer les retraites des Français dans les mains de spéculateurs incapables, mais en outre il va favoriser l’émergence d’un système de retraite à deux vitesses : les salariés les plus pauvres n’auront en effet jamais les moyens de cotiser à ces fonds de pension.

Je considère, avec mes collègues du groupe des députés communistes et républicains, que la réforme des retraites devrait poursuivre différents objectifs, et notamment le droit au départ à 60 ans à taux plein, un taux de remplacement qui ne doit pas être inférieur à 75% du salaire et à 100% pour les salariés au Smic, l’abrogation des décrets Balladur, la prise en compte des années de formation et l’amélioration des retraites agricoles. C’était le sens de mon intervention à l’Assemblée nationale le 30 avril dernier. De tels objectifs politiques ne pourront être atteints qu’en réformant radicalement le mode de financement des retraites. Le montant des cotisations retraite devrait être modulé en fonction des investissements financiers des entreprises, afin de pénaliser les entreprises qui n’investissent pas dans la formation et l’emploi. L’épargne et les dividendes des actionnaires devraient aussi être mis à contribution.

Une politique active de création d’emplois et de promotion de la formation professionnelle devrait être décidée : tant que la France comptera trois millions de chômeurs, il serait moralement insensé d’obliger des salariés âgés à travailler alors que de nombreuses personnes, notamment des jeunes, recherchent du travail. En outre, la création d’emplois qualifiés permettra d’accroître le nombre de cotisants et donc les recettes pour les régimes de retraite. Mais cela supposerait de s’engager dans une démarche résolue en faveur de l’emploi. Enfin, il conviendrait aussi d’arrêter de dramatiser la situation démographique censée justifier cette réforme des retraites. A la différence de nombreux pays européens, le renouvellement des générations est quasiment assuré en France.

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