24-02-2010

Négociations de Copenhague sur le climat - Bilan

Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire

Mercredi 27 janvier 2010 _ Séance de 11 heures 30

Compte rendu n° 32

La commission des affaires économiques a entendu, lors d’une audition commune avec la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, M. Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, sur la suite du sommet de Copenhague.

(…)

M. André Chassaigne. Pour reprendre une observation entendue hier lors d’une réunion avec Brice Lalonde, on n’aura pas de grands soirs, mais des petits matins – l’un pour la sidérurgie, un autre pour le transport aérien, un autre encore pour l’Inde, etc. Comment faire, dans ces conditions, pour que tous ces petits matins préparent des grands soirs, c’est-à-dire des mesures fortes, comprenant des évaluations et des objectifs, et qu’ils ne cachent pas en fait un crépuscule ? Au-delà des résultats de Copenhague, n’est-ce pas le système capitaliste qui par nature crée des blocages ? Je prendrai à cet égard trois exemples : S’il faut des subventions d’accompagnement pour que les développements soient durables dans les pays en développement, encore faut-il les prendre quelque part, ce qui, dans le cadre du système actuel, revient à puiser dans tout ce qui sert à la compétitivité des entreprises et des territoires, ce qui est contradictoire. Par ailleurs l’échange de quotas ne signifie-t-il pas que, d’un côté, on prendra des mesures de protection, notamment de la forêt, et que, d’un autre, des pollueurs pourront continuer de polluer ? Enfin, comme le disait le président Chavez, n’est-ce pas le capitalisme qui à Copenhague passait sans bruit entre les tables ? Les groupes financiers, qui sont à la recherche de profits immédiats, ne veulent pas en effet internaliser les coûts environnementaux pour des raisons de compétitivité, mais les faire porter par les États. Fondamentalement, par sa nature même, le système capitaliste dresse un mur contre la prise en charge durable des questions environnementales.

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M. le ministre d’État. M. Grouard s’est demandé si l’on était face à l’amorce d’un processus ou à une nouvelle fracture. Il me semble que l’on est plutôt dans une phase de modification très profonde des blocs d’influence. Le G77, coalition de pays en développement, n’a plus d’existence, faute de correspondre à la réalité : aujourd’hui, la Chine a basculé dans la problématique des pays industrialisés et les États-Unis n’assurent plus le moindre leadership à l’exception notoire de quelques pays nord européens ; en Europe, on assiste à une forme de fracture entre les pays de culture anglo-saxonne et les autres ; quant au poids des grands émergents, il est devenu décisif, moins en raison de leur puissance financière qu’au fait qu’ils se trouvent dans la même problématique que nos pays.

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Il est vrai que l’on attendait un peu plus des États-Unis et du président Obama. C’est tout le problème de la relation entre démocratie et climat. À cet égard, monsieur Chassaigne, j’observe que le seul endroit ou les émissions ont baissé c’est en Europe quand on est passé de régimes communistes à des régimes non communistes. En tout cas, dans une démocratie comme les États-Unis, la somme des enjeux de proximité n’aide pas à affronter un problème qui est de nature planétaire. En revanche, des modes d’organisation à parti unique ont des capacités de mouvement dans ce domaine sinon durables du moins supérieures et immédiates. Plutôt qu’à un rapport au mode d’organisation capitaliste ou non capitaliste, le problème tient plus, me semble-t-il, à un rapport à la démocratie.

Pour en savoir plus : site de l’AN

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