13-11-2008

Déclaration sur la PAC

Déclaration commune d’André Chassaigne et Gérard Le Cam sur la Politique Agricole Commune

Michel BARNIER doit présenter aujourd’hui 12 novembre un « plan d’urgence » pour l’Agriculture Française.

Nous avons participé lundi 3 novembre et mardi 4 novembre à la rencontre des Commissions Parlementaires, du Parlement Européen et des Parlements Nationaux, sur le thème de l’ « Avenir de l’agriculture européenne et son rôle au niveau mondial ».

Durant cette rencontre, les dirigeants libéraux européens, ont confirmé leurs visions et prévisions d’une politique agricole européenne qu’ils veulent avant tout « plus performante » :

  • L’évolution généralisée vers un découplage total entre la production réelle et les aides d’ici 2013 dans l’Europe des 27.
  • La suppression des quotas laitiers et son cortège de conséquences désastreuses sur les moyennes exploitations laitières qui vont disparaître, sur les cours du lait qui vont baisser et sur l’environnement ou les pâturages en zones humides vont se transformer en cultures de champ. (Aujourd’hui la France est minoritaire au sein des 27 face à la volonté de l’Union Européenne de supprimer les quotas laitiers)
  • La modulation qui se concrétise par un glissement des aides du premier pilier (dotation par paiement unique) vers le second pilier (aides au développement rural, climat, eau, biodiversité, énergie). Le tout dans une perspective de baisse généralisée et significative des crédits Européens destinés à l’agriculture.

Les propos tenus par Madame Mariann Fischer Boel, Commissaire Européenne à l’Agriculture et au développement rural sont sans équivoque : « il faut laisser de la place au jeu du marché ». Comment ne pas être choqué par l’évocation d’un marché toujours plus ouvert et mondialisé au regard de la crise financière mondiale ?

Nous sommes intervenus pour exprimer notre opposition à ces orientations qui livrent l’agriculture européenne au marché. Nous avons porté les exigences d’une agriculture européenne régulée, dotée d’outils de gestion, avec le maintien d’un premier pilier fort et des aides couplées à la production. Nous avons relayé pour cela la situation catastrophique et la grande colère du monde agricole, plus particulièrement celle des éleveurs bovins et ovins.

La seconde partie de cette rencontre était consacrée à la crise alimentaire mondiale. Le débat a laissé apparaître un certain nombre de signaux inquiétants et dramatiques, compte tenu des multiples alertes dirigées ces dernières années à l’attention du FMI, de la FAO, de la Banque Mondiale, de l’OMC…..

Aujourd’hui plus de 900 millions d’humains souffrent et meurent parfois de malnutrition, la crise financière mondiale va augmenter le chiffre de 100 millions, soit plus d’un milliard demain.

Jacques DIOUFF, Directeur Général de la F.A.O. a évoqué les émeutes de la faim et les risques politiques et sociaux liés aux famines, mais aussi la nécessité de développer des politiques Européennes et Américaines qui ne pénalisent pas les agriculteurs du Tiers Monde. Au regard des dépenses pharaoniques consacrées à l’armement au niveau mondial, les sommes à consacrer aux infrastructures, au stockage, aux semences et au machinisme dans les régions en difficultés sont infiniment ridicules.

Les questions de la spéculation sur les denrées alimentaires qui accélère la flambée des prix ont également été évoquées. Seule la garantie d’un revenu décent de tous les agriculteurs du monde et l’assurance d’une gouvernance mondiale peuvent contribuer à réduire significativement voire supprimer la question de la faim dans le monde.

Nous avons, par notre intervention, rappelé la nécessité de la souveraineté alimentaire des grandes régions du monde, avec notamment l’urgence d’un grand plan protéagineux européen, en lien avec la nécessité de lutter contre le développement d’une monoculture aux conséquences désastreuses dans les pays émergents (l’exemple du soja transgénique est édifiant !). Nous avons rappelé l’exigence de sortir l’agriculture mondiale de l’OMC au profit d’une organisation garantissant la sécurité alimentaire, qui pourrait être portée par la FAO.

C’est dans ce contexte qu’il faut placer la « Conférence Agricole » organisée aujourd’hui par Michel BARNIER. Un simple « plan d’urgence » à la portée limitée ne suffira à répondre à la situation d’une agriculture aux abois. Pour aujourd’hui comme pour demain, dans le cadre de la nouvelle Politique Agricole Commune, il faut mobiliser des outils de régulation, indispensables à la garantie de prix rémunérateurs.

Gérard LE CAM Sénateur communistes des Côtes d’Armor

André CHASSAIGNE Député communiste du Puy-de-Dôme

(Voir aussi :

Pour en savoir plus : André Chassaigne

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